Des spécialistes de la protection contre les catastrophes ont développé un système permettant aux autorités de réagir efficacement en cas d'urgence, c'est-à-dire si une marée noire venait à toucher la Mer des Wadden. Celle-ci, située entre les Pays Bas et le Danemark, est en effet soumise à une menace constante de catastrophe pétrolière : des milliers de cargos la traversent chaque année, plus de 200 navires empruntent chaque jour l'estuaire de l'Elbe, et le groupe énergétique RWE-Dea a annoncé son intention d'y conduire des tests de forages pétroliers.
La Mer des Wadden, qui est classée parc national et candidate pour une inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO, est aussi un écosystème unique. Les premières pierres de ce système d'urgence ont été posées au début des années quatre-vingt-dix, lorsque des écologues ont conçu une première grille de sensibilité de la côte allemande de la Mer du Nord (Sensitivitätsraster Deutsche Nordseeküste I). Ils y recensaient les milieux de vie particulièrement sensibles de la partie allemande des Wadden, en les classant par degré de sensibilité.
Ces dernières années, ces anciennes données de terrain ont été réactualisées. Pour cela, les scientifiques ont analysé de très nombreux prélèvements et cartographié dans le détail les prés salés continentaux et prairies sous-marines, les moulières, les lieux de nidification et de repos des oiseaux, ainsi que les zones sableuses et vaseuses. M. van Bernem, en charge du projet au Centre de recherche Helmholtz GKSS de Geesthacht, souligne que la principale difficulté résidait dans le fait que l'emplacement et la fragilité des différents milieux n'étaient pas exactement connus.
Finalement, les scientifiques ont pu établir une carte des Wadden, qui attribue à chaque zone une classe de sensibilité sur une échelle à quatre niveaux, de "faible" à "élevé". La protection des oiseaux revêt une importance particulière dans cette classification.
Suivant le type et la qualité des biotopes, les effets potentiels d'une marée noire et les mesures à prendre sont très différents. Ainsi, les conséquences seraient particulièrement dramatiques pour les zones de sables fins, où de nombreux vers et crustacés vivent dans des galeries, ce qui facilite la pénétration du pétrole dans le sol. L'impact serait encore plus fort sur les colonies de moules qui se retrouvent à sec à marée basse et ne peuvent pas être nettoyées.
La carte distingue aussi les secteurs où une intervention avec des engins lourds est possible. Certaines zones sont si sensibles qu'une intervention de nettoyage détruit plus qu'elle ne sauve. Ainsi, en cas de légère pollution sur un pré salé, où de nombreuses espèces de la "liste rouge" nichent, il peut être plus judicieux de ne pas intervenir, que ce soit avec des engins ou des produits chimiques.
En pratique, en novembre 2007, suite au naufrage d'un cargo qui a libéré 100 tonnes de fuel lourd, le "commando avarie" de Cuxhaven, chargé d'intervenir en cas de marée noire, s'est contenté de faucher le pré salé touché, pour ne pas détruire le sol, rapporte Uda Tuente, biologiste du commando. Les équipes auraient procédé différemment dans le cas d'un naufrage en haute mer mettant en jeu 10.000 tonnes de fuel : dans un tel cas, l'emploi de produits chimiques est incontournable, car son utilité dépasse alors ses effets négatifs.