Une équipe de scientifiques danois et américains a mis au point un nouveau procédé qui permet de détecter et reconnaître des explosifs en reniflant les vapeurs physiques qu'ils dégagent. Le prototype qui se veut plus complet, maniable et moins onéreux que ses prédécesseurs subit actuellement des tests en conditions d'utilisation réelles. Son ingénieux fonctionnement a été détaillé dans la revue de référence sur les outils scientifiques publiée par l'American Institute of Physics.
Les explosifs ont des caractéristiques thermiques uniques, qui les distinguent des matériaux non dangereux et aident à les détecter au milieu de nombreuses autres odeurs. C'est en exploitant cette propriété que les chercheurs de l'Université Technique du Danemark (DTU), en collaboration avec le Laboratoire National d'Oak Ridge dans le Tennessee, ont développé le projet Xsense dont les retombées pourraient être immenses en termes de sécurité et de confort des civils dans la lutte contre le terrorisme. Le nouvel outil permet ainsi de différentier les produits inoffensifs et dangereux, mais aussi de déterminer de quel type d'explosif il s'agit. Les équipes de déminage en présence d'un objet suspect sauront ainsi en amont si elles ont à faire à de la TNT, de la penthrite (PETN) ou encore de la cyclonite (RDX) et pourront adapter leur comportement.
De nombreux autres détecteurs existent aujourd'hui, mais leurs dimensions et leur prix très élevé empêchent leur démocratisation. Ces détecteurs utilisent en général des spectromètres de mobilité ionique. Cette méthode consiste à soumettre des molécules ionisées à un champ électrique dans un courant de gaz. Les ions se déplacent alors suivant le champ électrique à une vitesse qui dépend de leur interaction avec le gaz, donc de leur masse, de leur taille et de leur forme : on parle de séparation suivant la mobilité.
L'accessibilité de Xsense, au fonctionnement radicalement différent, pourrait permettre d'en équiper par exemple tous les aéroports, et de supprimer ainsi la législation de 2006 sur le transport de liquides, produits cosmétiques et autres fromages à pâte molle dans les cabines des avions. Le nouvel outil sera en effet équipé d'une série de capteurs "micromécaniques" qui recueillent les dépôts de vapeurs chimiques. Le travail de l'équipe de recherche internationale a principalement consisté à affiner, accélérer et fiabiliser ce type de capteurs.
Ils ont ainsi développé un nouveau type de capteur en porte-à-faux à ultra haute sensibilité fonctionnant en milieu aqueux comme dans l'atmosphère. Une réaction biochimique engendrée par la présence d'un explosif peut y être détectée par un changement de température, de pression ou de masse à la surface du capteur. L'une des faces du capteur est ainsi recouverte d'un alliage bimétallique qui se courbe en fonction de la température. Une variation infime de la masse qui recouvre le capteur peut par ailleurs être observée par une modification tout aussi infime de sa fréquence de résonnance. La combinaison de ces deux données fournit la "trace thermique" de la substance étudiée, et donc une indication fiable sur sa dangerosité. Enfin, l'autre face du capteur est recouverte d'un "film à détection colorimétrique" qui réagit aux différentes biomolécules explosives. L'utilisation d'une série de ces films fournit une sorte "d'empreinte digitale" qui, comparée à une base de données de référence, permet d'identifier de très nombreux types d'explosifs.
DTU et le Laboratoire National d'Oak Ridge prévoient la certification de leur prototype pour la fin de l'année 2009.