Le domaine des nanotechnologies, dont le développement concerne de nombreux secteurs, suscite un intérêt politique, industriel et scientifique croissant. Ces technologies permettent une grande variété d'applications qui peuvent être exploitées par la société, offrant de nouveaux emplois, une industrie compétitive, de meilleurs soins médicaux et une utilisation durable des ressources mondiales. La Suède entend tirer profit des possibilités offertes par les nanotechnologies pour relever les grands défis économiques, médicaux, techniques et environnementaux. Parallèlement, il existe une incertitude sur les dangers de ces technologies pour la santé et l'environnement. Les nanomatériaux sont aujourd'hui déjà utilisés dans les équipements électroniques, l'automobile, les cosmétiques, l'hygiène, les vêtements, les produits ménagers, les équipements sportifs, etc. ... De nombreux pays se sont dotés d'une politique nationale pour les nanotechnologies (les voisins finlandais par exemple), et certains acteurs suédois, tels que l'Académie royale des sciences de l'ingénieur (KVA), ont déploré l'absence d'une telle initiative [1].
Le gouvernement suédois a confié, par l'intermédiaire du ministère de l'entreprise et de l'énergie, à VINNOVA (Agence suédoise des systèmes de l'innovation) la mission de "développer une stratégie qui prenne en compte les possibilités offertes par les nanotechnologies ainsi que les risques qui les accompagnent, dans le contexte d'une croissance rapide dans ce domaine". Cette démarche a été conduite en concertation avec Vetenskapsrådet (Conseil de la recherche scientifique), FORMAS (Conseil suédois de la recherche l'environnement, les sciences agricoles et l'aménagement du territoire) et Kemikalieinspektionen (Inspection des produits chimiques) et a mené à la publication du rapport "Stratégie nationale pour les nanotechnologies. Une capacité d'innovation renforcée au service d'une société durable" [2] à l'intention du gouvernement, des ministères, des administrations ainsi que des organisations qui sont impliqués d'une manière ou d'une autre dans les domaines des nanotechnologies.
L'étude montre un besoin d'une meilleure connaissance d'ensemble et conclut à la nécessité d'un certain nombre de mesures. Une liste de propositions est ainsi dressée, en particulier la constitution d'une délégation qui pourra fournir la vue d'ensemble qui est nécessaire. Une "nanodélégation" devra regrouper tous les acteurs du domaine, du gouvernement au milieu académique en passant par les acteurs économiques et les organismes publics. Ce groupe devra améliorer les relations entre les acteurs, développer une connaissance d'ensemble du développement et de l'utilisation des matériaux pour apporter le soutien dont le gouvernement a besoin pour agir. Cette délégation pourra aussi être l'interlocuteur privilégié des acteurs étrangers, notamment dans le but d'une meilleure organisation du travail fourni par les pouvoirs publics au niveau international. D'autres propositions sont avancées comme une meilleure interaction entre les aspects innovants et l'évaluation des dangers tout au long du processus de recherche et d'innovation. Une importance particulière a été donnée aux avis formulés par les acteurs de la recherche, de l'économie et des pouvoirs publics pour établir la stratégie proposée.
De nombreux pays se sont dotés de programmes et de stratégies de recherche nationaux au cours des dernières années. Un tel programme fait défaut à la Suède. Cependant, constatant que les nanotechnologies touchent de nombreux domaines, l'Agence VINNOVA conclut qu'il n'est pas souhaitable de regrouper ces différents aspects dans une "nanopolitique" englobant tous les secteurs concernés. En ce qui concerne les nanotechnologies, la Suède possède une bonne position sur le plan des compétences et ce secteur représente un potentiel évident de croissance pour l'économie. Pour tirer profit de ce potentiel, les opportunités et les risques qui sont liés au développement et à l'utilisation de ces technologies doivent être pris en compte de manière coordonnée, mais en laissant chaque secteur d'utilisation mettre en place sa propre stratégie.