L'adhésion de la société civile au progrès scientifique et technologique est importante à bien des titres. De manière générale, la confiance d'une société en ses experts scientifiques permet de bénéficier de leurs conseils. En outre, elle crée une base de consommation domestique incitative pour le secteur privé. Enfin, une perception positive favorise l'orientation des nouvelles générations vers une carrière en S&T.
Or, selon une enquête menée à Chicago par le Centre de Recherche sur l'Opinion Nationale seulement 10% des participants considèrent que "les maux issus de la science dépassent les bénéfices de celle-ci". En outre, 89% de l'échantillon a déclaré que "la S&T génère davantage d'opportunités pour les générations suivantes". De même, selon une série d'études de l'Université Virginia Commonwealth, menée entre 2002 et 2008, environ 90% des personnes interrogées déclarent que "la recherche scientifique est essentielle pour améliorer la qualité des vie des humains".
Ces chiffres témoignent d'une forte confiance dans la Science aux Etats-Unis. Pour la plupart des américains, elle constitue un vecteur de l'amélioration constante du niveau de vie. Transcendant certaines valeurs fondamentales telles que la non-intervention de l'Etat ou certaines convictions religieuses, cette adhésion de la société américaine a permis des investissements publics élevés en R&D.
Au pays du laisser-faire, les dépenses publiques en R&D obtiennent leur laisser-passer
"Même si les bénéfices ne sont pas immédiats, la recherche scientifique qui repousse les frontières de la connaissance est nécessaire et devrait être soutenue par le Gouvernement fédéral". Cette phrase a récolté 90% d'assentiment depuis près de 20 ans. Mieux, en 2008, seulement 11% considéraient que le gouvernement dépensait trop pour soutenir la science. En fait, le soutien de la population américaine à un accroissement fédéral en dépenses de R&D (38%) est supérieur à celui de la défense (24%), de l'exploration spatiale (14%) et de l'aide aux pays étrangers (11%) [1]. Les domaines prioritaires aux yeux des américains sont la santé (75%) et l'éducation (74%), la protection de l'environnement (66%) et la sécurité sociale (59%).
Par ailleurs, les responsables de la communauté scientifique bénéficient d'une "confiance élevée" (51% des personnes interrogées) pour le domaine militaire et pour le médical (39%). On note même une attente quant à davantage d'implication politique des scientifiques dans les domaines du réchauffement climatique (85%) ou de la politique fiscale (72%).
L'Amérique croit en Dieu mais aussi à la Science !
Aux Etats-Unis, on croit beaucoup en Dieu ET au progrès technique. Une réponse à cet apparent paradoxe se trouve peut-être dans l'esprit du protestantisme. Ce dernier, souvent présenté comme proche de l'éthique capitaliste, ne voit-il pas aussi dans les réussites scientifiques, au niveau individuel, une marque de la prédestination et, au niveau collectif, une révélation de la "destinée manifeste" de l'Amérique ?
En 2004, près de neuf américains sur dix déclaraient "n'avoir jamais douté de l'existence de Dieu" et 80% "que la prière constitue un élément quotidien de leur vie" [2]. On pourrait penser que ce degré élevé de conviction religieuse constituerait un frein à la recherche scientifique et à l'innovation. Après tout, seulement 49% des américains interrogés croient en la responsabilité humaine dans le processus du réchauffement climatique et 32% à la théorie de l'évolution [3]. De surcroît, il aura fallu l'arrivée du Président Obama pour que la recherche sur les cellules souches puisse être financée par la puissance publique.
Aux Etats-Unis, l'opinion communément répandue est que la science apporte des solutions, plutôt que des explications. Elle ne semble pas là pour illuminer la société mais davantage pour améliorer son bien-être. C'est pourquoi, à cette conception utilitariste correspond, en dépit des apparences, un réel soutien de la société.