C'est en janvier dernier que le projet franco-allemand SWEETPROT, labellisé par le pôle de compétitivité VITAGORA et financé notamment par l'Agence Nationale de la Recherche (ANR) dans le cadre de l'appel à projets ALIA (Alimentation et Industries Agroalimentaires), a officiellement démarré. Impliquant des chercheurs du Centre des Sciences du Goût et de l'Alimentation (CSGA) de Dijon et du Deutsches Institut fûr Ernährungsforschung de Potsdam-Rehbrücke, ce projet, d'une durée de trois ans, a pour objectif de mieux comprendre le rôle de T1R2 et T1R3, deux sous unités qui forment le récepteur du goût, dans la perception de deux molécules sucrées que sont la saccharine, un édulcorant de synthèse, et la brazzéine, une molécule naturelle possédant des propriétés édulcorantes. "L'originalité de ce travail est d'étudier les interactions entre les protéines sucrées et les récepteurs gustatifs par des approches à la fois biochimiques et cellulaires", explique Loïc Briand, chercheur au sein du CSGA et co-responsable de SWEETPROT avec le professeur Wolfgang Meyerhof du Deutsches Institut fûr Ernährungsforschung.
Un projet qui associe des compétences complémentaires
Ce sont les chercheurs dijonnais qui produiront la brazzéine, une molécule qui provient du fruit d'un arbuste grimpant de l'Afrique de l'Ouest, Pentadiplandra brazzeana. Découverte en 1994 par des chercheurs américains, cette protéine, plus grosse que la saccharine avec ses 54 acides aminés, a un goût très proche de celui du sucre, d'où son utilisation, depuis longtemps, en particulier par des populations du Gabon. "Cette brazzéine, nous la produirons en utilisant la levure Pichia pastoris, ce qui nous permettra aussi de changer certains acides aminés de la séquence, c'est-à-dire de produire des mutants et d'en observer l'impact sur le goût", résume le chercheur dijonnais. Parallèlement, il s'agira pour ces chercheurs d'exprimer dans des bactéries les codant des deux sous-unités, T1R2 et T1R3, et d'observer la réponse du récepteur du goût.
De leur côté, les chercheurs de Postdam-Rehbrücke auront pour principale mission de développer des tests cellulaires. L'équipe du professeur Wolfgang Meyerhof dispose en effet d'une technologie très sophistiquée reposant sur l'utilisation de robots, ce qui lui permet d'obtenir des doses réponses sur la brazzéine et la saccharine. "Notre objectif est de réussir à identifier les différents sites de liaison des molécules sucrées sur les DNT, qui sont les Domaines N-Terminaux des récepteurs, dont nous savons qu'ils contiennent les sites principaux", indique Loïc Briand. Les travaux menés dans le cadre de SWEETPROT permettront peut être aussi de découvrir des mutants de brazzéine dotés d'un pouvoir sucrant plus élevé. Mais le souhait du chercheur du CSGA serait de pouvoir résoudre la structure tridimensionnelle, cristallographique, grâce à laquelle les chercheurs disposeraient alors d'informations extrêmement précises.
Des travaux fondamentaux mais prometteurs à moyen terme
Si les travaux réalisés dans le cadre de cette coopération franco-allemande restent encore très fondamentaux, ils n'en sont pas moins très prometteurs. En effet, dans un contexte où la demande d'édulcorants naturels ayant un goût proche du saccharose ne cesse de croître sur un marché des édulcorants qui s'élève à 1,4 milliard d'euros par an pour une production de 1,72 million de tonnes, les protéines sucrées comme la brazzéine semblent promises, à plus ou moins long terme, à un bel avenir en tant qu'édulcorants naturels. Ces derniers pourraient permettre de lutter contre les problèmes d'obésité et pallier l'utilisation du sucre pour les diabétiques.