Lors d'une interview accordée à l'Association des ingénieurs allemands (VDI), l'actuel président de l'Université technique de Munich (TUM), Wolfgang A. Herrmann, a présenté le cursus de "Sciences de l'ingénieur". Au contraire de la France, l'Allemagne forme des ingénieurs hautement spécialisés. Ceux-ci sont extrêmement performants dans leurs champs de qualification, car ils sont dès la première année d'université plongés dans les matières et problématiques de leur future vie professionnelle.
Le président de la TUM compare ce nouveau cursus à celui d'un médecin généraliste, dans le sens où celui-ci est face à un horizon de perspective très large. Le profil visé est celui d'un ingénieur qui aura la capacité de mettre en oeuvre de nouvelles réalisations où les mathématiques, l'informatique, les sciences naturelles et les sciences médicales se rejoignent. Wolfgang Herrmann poursuit la métaphore en expliquant qu'un médecin généraliste peut rapidement se spécialiser alors qu'un spécialiste peut difficilement devenir généraliste. Pour cela, les 100 à 150 premiers élèves seront rigoureusement sélectionnés, notamment sur leurs résultats scolaires. L'approche est différente du bachelor "sciences de l'ingénieur" de la TU Hambourg-Harburg qui se concentre sur les bases physico-mathématiques pour les disciplines classiques de l'ingénieur. Le cursus de la TUM se focalise sur le mélange et l'imbrication des sciences de l'ingénieur avec la médecine, les sciences naturelles et du vivant. La Biologie prend son essor dans le monde de l'ingénierie.
La TUM espère attirer des jeunes gens ayant un don et un goût pour les mathématiques et les sciences naturelles, disposant également d'une grande curiosité, mais qui ne souhaitent pas se spécialiser dès le début de leurs études. Ils pourront pour leur troisième année étudier les matières de leur choix. Les élèves sont ainsi libres de s'orienter vers leurs disciplines privilégiées en poursuivant avec un des 25 Masters proposés. La TUM espèreles voir se diriger vers des disciplines comme la mécatronique, les sciences des matériaux, l'ingénierie des logiciels, les techniques médicales et la neurobiologie.
Ce nouveau cursus doit être intégré à la Munich School of Engineering (MSE), qui servira à la fois de plateforme de recherche pour des projets pluridisciplinaires et de faculté. L'organisation administrative sera identique à celle d'une faculté classique de la TUM. Sept nouveaux professeurs vont être intégrés à la nouvelle faculté, rejoints par des enseignants de facultés déjà existantes. De plus des "chaires-mentor" vont être mises en place et seront occupées par des enseignants de la TUM dont les champs de recherche et de connaissance se situent déjà à la limite de leur discipline d'origine, voir ont déjà dépassé les barrières de celles-ci.
Ce cursus se destine à former des ingénieurs qui atteindront la pointe de la recherche en apportant une vision globale et qui seront capables de comprendre et de coordonner des disciplines diverses pour répondre au défis de demain, de plus en plus complexes et différents.