Le Bisphénol A (BPA), molécule aux effets controversés, est connu comme étant un perturbateur endocrinien qui interfère avec le système hormonal et induit des effets nocifs sur la santé. Ses effets seraient liés au système reproducteur, aux maladies cardiovasculaires, à l'apparition de cancers, au diabète et au développement de l'obésité. Le BPA est une molécule couramment utilisée dans les revêtements intérieurs des boîtes de conserve, les canettes de boisson et les plastiques alimentaires.
En 2008, la polémique relative au BPA portait notamment sur la présence de cette molécule dans les plastiques de type polycarbonate, et plus précisément, sur la migration du BPA dans les aliments suite à un traitement thermique.
Après avoir été déclaré sans danger en 2008 et suite à de nouvelles études, la Food and Drug Administration (FDA) revient, en janvier 2010, sur ses conclusions concernant le BPA comme nous l'évoquions dans une précédente brève: cette molécule est un oestrogénomimétique capable de se lier aux récepteurs des oestrogènes et pourrait ainsi perturber l'équilibre hormonal de l'organisme et favoriserait, entre autres, la survenue de diabètes et de maladies cardiovasculaires [1]. Le caractère nocif de la molécule, relatif notamment à l'effet-dose, incite la FDA à instaurer des recommandations pour limiter son utilisation dans les contenants alimentaires. Nous mentionnions également que depuis janvier 2010, l'état du Minnesota et la ville de Chicago ont interdit la commercialisation de bouteilles, et notamment de biberons, contenant du BPA [2]. En France, le parlement a interdit la fabrication et la commercialisation de biberons contenant du BPA le 23 juin 2010.
Une polémique relativement ancienne
Les premiers travaux, réalisés par Frederick vom Saal, professeur à l'Université du Missouri à Columbia (Etats-Unis), sur les effets du BPA à faibles doses datent de 1996. La Dose Journalière Tolérable (DJT) aux Etats-Unis et en France est fixée à 0.05 mg par Kg de poids corporel. Cette étude avait été réalisée avec des doses 25.000 fois inférieures à la DJT. Les résultats, publiés dans la revue scientifique Toxicology and Industrial Health, démontraient déjà la possible dangerosité du BPA sur la santé humaine.
En 2005, on dénombrait près de 115 études internationales sur ce sujet publiées dans la littérature scientifique; la grande majorité financée par des fonds publics ou des universités (plus d'une centaine) et près d'une dizaine commanditée par des industriels. Plus de 80% de ces études revelaient un effet négatif du BPA à faibles doses sur l'homme.
A l'automne 2006, à l'initiative du National Institute of Environmental Health Sciences (NIEHS) américain, une cinquantaine de chercheurs représentant la communauté internationale se sont réunis aux Etats-Unis pour exposer leurs travaux et recherches quant aux effets du BPA à faibles doses sur la santé de l'homme lors du meeting "Bisphenol A: An Examination of the Relevance of Ecological, In vitro and Laboratory Animal Studies for Assessing Risks to Human Health". Les conclusions et les recommandations ont conduit à la rédaction d'un consensus dit de "Chapel Hill" [3]. Ana Soto, professeur en biologie cellulaire à la faculté de médecine de l'Université Tufts de Boston, concluait la réunion en disant qu' "il est impossible de dire que rien ne se passe avec le BPA à faibles doses"!
Présence de BPA dans les boites de conserve
L'Université de Harvard School of Public Health, basé à Boston dans le Massachusetts, vient de publier une étude démontrant la présence de BPA dans les aliments contenus dans les boîtes de conserve. Les résultats de cette étude ont été publiés dans le Journal of the American Medical Association dans l'édition du 23 au 30 novembre 2011.
Cette étude, menée par Karin Michels, professeur associée du département d'épidémiologie de l'université de Harvard, et Jenny Carwile, étudiante en doctorat au sein du même département, a été financée par deux subventions attribuées par la fondation Allen et par le NIEHS. Il s'agit de la première étude sur la quantification urinaire du taux de BPA présent dans l'organisme humain. Cette étude, qui reste encore préliminaire, n'examine pas la toxicité de la molécule dans l'organisme, elle ne fait que le constat de la libération de BPA par les plastiques alimentaires. 75 volontaires, répartis en deux groupes, ont participé à cette étude d'une durée de 12 jours. Les volontaires ont alterné la prise de soupe en conserve et la prise de soupe préparée à partir de légumes frais.
Dès le premier jour, les résultats se sont révélés inattendus. En effet, l'étude a déterminé que le taux de BPA urinaire augmentait de 1 221% chez les sujets ingérant de la soupe en conserve, par rapport aux sujets absorbant de la soupe préparée avec des légumes frais.
Dans le cas de cette étude, la soupe en conserve n'est pas chauffée dans le contenant métallique. Il s'agit de la première étude mettant en évidence la diffusion du BPA par simple contact, sans procédé de chauffage. La migration du BPA dans le cas des biberons était observée lors du traitement thermique. Le BPA étant également présent dans les cannettes de soda, les chercheurs envisagent que la migration du BPA vers les boissons est possible. Pour les briques alimentaires de soupe, matériaux très utilisé pour la conservation des soupes en France et composé de plusieurs couches de carton, d'aluminium et de polyéthylène, il semble qu'aucune étude n'ait été publiée sur la possible migration du BPA dans l'aliment.
Cependant, il est à noter que l'élévation du taux de BPA dans l'organisme dans le cadre de cette étude est temporaire. Des travaux restent à mener pour déterminer le cycle de vie du BPA dans l'organisme, et plus spécifiquement sa durée de vie.
Du côté de l'Europe
Les résultats de cette étude coïncident avec l'annonce faite par l'EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) sur une réévaluation de la dangerosité du BPA suite à la diffusion du rapport de l'Anses (Agence Nationale de Sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'Environnement et du travail) en septembre 2011. Alors que l'EFSA, en septembre 2010, s'était penchée sur l'évaluation du risque du BPA dans l'alimentation, l'Anses vient, quant-à-lui, d'étudier l'identification des dangers du BPA dans l'alimentation mais également hors du contexte alimentaire.
L'EFSA conduit actuellement un programme sur le BPA. Le groupe scientifique travaillant sur les matériaux en contact avec les aliments, les enzymes, les arômes et les auxiliaires technologiques (CEF) procédera à la réévaluation du BPA en se basant sur des travaux de recherches étudiant les conséquences de la présence de BPA à faibles doses chez l'homme, travaux qui seront réalisés en 2012 par les Etats-Unis et notamment par la FDA ainsi que le NIEHS et le Programme national de toxicologie (NTP). L'Anses, quant-à-elle, souhaiterait que, d'ici 2014, le BPA disparaisse totalement des contenants alimentaires, date avancée à 2013 pour les contenants destinés aux enfants de moins de 3 ans.
Néanmoins, hormis la France, les Etats-Unis et le Canada, beaucoup de pays minimisent encore les risques du BPA sur la santé humaine en dépit des nombreuses alertes exprimées par les chercheurs et les scientifiques au niveau international. La polémique sur le BPA risque-t-elle de ressembler à celle de l'amiante ou encore plus récemment celle du Médiator ?
L'agence américaine de la protection de l'environnement (EPA) s'interroge sur le BPA
Les quantités de BPA rejetées dans l'environnement sont de plus de 450.000 kg par an. L'EPA s'interroge donc sur l'impact de cette molécule sur les écosystèmes aquatiques suite aux études confirmant les effets nocifs sur les animaux de laboratoire. L'EPA, au travers de son programme Design for the Environnement (DfE), compte développer des actions pour limiter les quantités de BPA rejetées dans l'environnement et réduire les conséquences associées.
En parallèle, l'EPA va enregistrer le BPA dans le Toxic Substances Control Act, paru en 1976, comme étant une molécule présentant un risque pour l'environnement à court et long terme sur la reproduction et le développement de la vie aquatique. L'EPA travaillera en collaboration avec la FDA et le NIEHS pour regrouper des données sur les effets et les risques du BPA sur l'environnement mais également sur la santé humaine.