Au cours des trente dernières années, le Canada et d'autres pays occidentaux ont constaté une augmentation alarmante des cas d'allergies et d'asthme chez les enfants. D'après les chercheurs, l'explication la plus évidente reposerait sur un "déclencheur" environnemental, qui aurait un impact sur les personnes génétiquement prédisposées. Trouver et comprendre ces causes représente l'un des principaux buts d'une étude sans précédent financée par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), AllerGen, un réseau de centres d'excellence basé à l'Université McMaster, à Hamilton (Ontario), et différents partenaires. Grâce à ce soutien, une importante équipe multidisciplinaire de chercheurs canadiens venant de différents établissements va mettre au point et diriger un projet de recherche visant à examiner les effets séparés et combinés des gènes des facteurs environnementaux, sur le risque d'allergies et d'asthme au cours des premières années de vie. L' "hypothèse de l'hygiène", selon laquelle les enfants d'aujourd'hui sont beaucoup moins exposés aux bactéries, virus et autres microbes que leurs ancêtres, est souvent privilégiée pour expliquer l'augmentation des cas d'allergie et d'asthme. Bien qu'elle soit séduisante, cette hypothèse ne saurait expliquer entièrement le problème. En effet, chaque personne réagit différemment en fonction des expositions et les preuves reliant l'asthme à la présence d'animaux, à l'allaitement maternel, au tabagisme de la mère ou aux polluants atmosphériques sont également minces, et parfois très confuses. Une seconde hypothèse serait la qualité de l'air intérieur. L'isolation et l'humidification accrue de nos habitations augmentent l'apparition de spores de champignon, de produits chimiques organiques volatiles, des acariens et autres matières biologiques, qui peuvent tous contribuer au déclenchement de l'asthme chez les enfants sensibles. Pourtant, à ce jour, ces facteurs n'ont pas été étudiés dans leur ensemble. L'étude, mise en place par AllerGen et qui débutera en 2007, devrait permettre d'identifier et quantifier l'impact des facteurs environnementaux. Le projet prévoit de suivre jusqu'à 10.000 enfants canadiens, de la naissance à l'adolescence pour observer leurs réactions face à différents facteurs environnementaux. Les futures conclusions aideront à réglementer les expositions à l'air intérieur et à fixer des normes pour les bâtiments, afin de réduire les expositions qui augmentent le risque d'allergies et d'asthme. Elles devraient aussi livrer d'autres indices qui aideront à mieux diagnostiquer et prendre en charge ces maladies épidémiques, et, qui sait, à les prévenir ou à les guérir.
- Michael S. Kramer, Directeur scientifique de l'Institut du développement et de la santé des enfants et des adolescents des Instituts de recherche en santé du Canada et professeur aux services de pédiatrie et d'épidémiologie et biostatistiques à l'Université McGill - email : michael.kramer@mcgill.ca - Judah A. Denburg, Directeur scientifique du RCE AllerGen et professeur de médecine à l'Université McMaster - email : denburg@mcmaster.ca - tél : +1 (905) 525-9140 x26643