Les criquets pèlerins (Schistocerca gregaria) peuvent être solitaires et inoffensifs ou former des essaims énormes comprenant de 40 à 80 millions d'individus qui peuvent couvrir des zones très étendues. Les essaims se forment lorsqu'ils sont forcés de se regrouper dans la même région pour se nourrir. Cependant, les conditions qui les poussent à se déplacer en masse à la manière d'un bataillon restent encore très mal connues. Les mouvements collectifs des espèces migratoires apparaissent obéir à des lois communes. En effet, on a observé des similarités dans le comportement de nombreuses espèces, indépendantes de la taille des groupes et de leurs capacités cognitives. Selon un modèle théorique récent, si la densité à l'intérieur d'un groupe d'animaux augmente on assiste à un changement dans la nature du mouvement des individus, avec une transition rapide du mouvement désordonné des individus vers un mouvement collectif très uniforme. Il en est de même pour les criquets ; avant de se transformer en adultes ailés et s'envoler, les nymphes s'organisent en bandes et commencent à marcher dans la même direction. Le contrôle des adultes volants étant coûteux et inefficace, la détection et le contrôle précoces de ces bandes pourrait être la clé d'une meilleure stratégie de lutte. Des biologistes de l'Université de Sydney et des chercheurs américains et anglais ont montré qu'en laboratoire, les individus des groupes s'alignent soudainement et spontanément selon la même direction lorsqu'ils atteignent une densité critique de 20 individus par m2. Ce seuil déterminant a également été observé avec seulement 30 criquets placés dans une cage. Ce modèle sera testé lors des prochaines invasions.