Christopher Hood, professeur de sciences politiques à Oxford, et David Heald, professeur à la Management School de l'Université de Sheffield, viennent de faire paraître sous leur direction un ouvrage collectif qui examine la notion de transparence appliquée aux modes de gouvernement. Sous le titre Transparency : The Key to Better Governance?, ce volume, édité par Oxford University Press, rassemble des articles rédigés par une douzaine de spécialistes américains et britanniques, tels que Lady Onora O'Neill, Patrick Birkinshaw, Alasdair Roberts et Helen Margetts. Le livre part d'une constatation : un an après la mise en application du Freedom of Information Act qui devait favoriser la transparence dans les décisions politiques, les dernières enquêtes, et en particulier celle de la UK Standards Commisssion, indiquent que la confiance du public dans les hommes politiques se trouve à un niveau extrêmement bas, et se situe même en dessous de celle envers les agents immobiliers. Les critiques essuyées dernièrement par le Ministère britannique de la Défense pour avoir tardé à poster sur son site Internet le nombre de victimes en Afghanistan illustrent parfaitement pour les auteurs une situation qu'ils qualifient d'alarmante. Pour analyser les raisons de cet échec de la transparence, Hood et Heald ont choisi de privilégier une approche pluridisciplinaire incluant les sciences politiques, la philosophie et l'économie. On trouve ainsi dans ce volume une histoire de la transparence en tant que doctrine du bon gouvernement et de l'organisation sociale juste, qui identifie également les différentes formes qu'elle a pu prendre au cours des siècles. Un article évalue les avantages et les désavantages des diverses mesures destinées à améliorer la transparence. Un autre examine la manière dont les institutions répondent à ces mesures et quelles en sont les conséquences. On verra aussi comment la doctrine de la transparence peut se trouver en conflit avec d'autres conceptions sur la forme de bien gouverner. L'étude d'Andrea Pratt (London School of Economics), intitulée "The More Closely We Are Watched, the Better We Behave? "montre ainsi que la célèbre phrase de Jeremy Bentham" plus on est étroitement observé, mieux on se conduit", n'est pas toujours vraie. Comme le souligne Christopher Hood en conclusion, une des thèses essentielles qui se dégage à la fin de l'ouvrage est que, loin d'annoncer une nouvelle culture de l'ouverture, les mesures destinées à améliorer la transparence en politique tendent à une gestion de l'information plus centralisée et plus stricte qu'auparavant.