La pâtisserie industrielle Fujiya a annoncé le 11 janvier dernier avoir utilisé de façon répétée des ingrédients périmés pour la confection de produits à destination de ses 900 magasins au Japon. Le problème est apparu à l'occasion du centenaire de la marque : pour préparer cet anniversaire, la compagnie avait procédé depuis septembre à un examen complet de ses usines, un audit réalisé par un cabinet indépendant. Or l'inspection a mis en lumière des falsifications de date limite de consommation des produits, des niveaux de bactéries dix fois supérieurs à la loi dans certains composants, l'utilisation de crème, de lait et de fruits périmés, ainsi que la présence de nombreux rongeurs dans les ateliers. Devant les résultats, les consultants ont suggéré à Fujiya de stopper la production de ses usines et la vente de des produits. Par la suite, le président de Fujiya a pris ses responsabilités, s'est excusé au nom de sa compagnie et a démissionné de ses fonctions. A court terme, les répercussions sont graves car Fujiya perd près de 500.000 euros par jour en stoppant ses lignes de production. Toutes les marchandises de la marque ont été retirées des franchises, des supermarchés et des "convenience store" (petits magasins multiservices de quartier). Le Ministère de l'Economie, qui a conduit ses propres inspections à la suite du scandale, a sévèrement critiqué la "Japan Accreditation Board" qui avait délivré les certifications ISO 9001 aux usines défectueuses. Mais alors qu'aucune intoxication alimentaire sérieuse n'est pour le moment à déplorer, Fujiya garde l'appui de ses partenaires commerciaux tels que la banque Resona et l'entreprise agroalimentaire Morinaga. Les dirigeants de Fujiya ont sûrement tenté de maîtriser la crise et d'éviter une dégradation de la situation, telle qu'on a pu le voir lors du scandale Snow Brand Milk Products. En 2000, du lait impropre à la consommation avait intoxiqué près de 14700 personnes dans la région d'Osaka. Snow Brand avait alors découvert qu'une valve non-nettoyée était responsable d'une contamination bactérienne au staphylocoque doré (Staphylococcus Aureus), à l'Escherichia Coli et au Bacillus Cereus. Au lieu de procéder à un rappel volontaire général, la compagnie avait tenté de dissimuler les faits, puis de les minimiser, pour se retrouver finalement bloquée par la grande distribution qui refusait de commercialiser les produits de la marque. Les consommateurs ont durement sanctionné l'attitude de Snow Brand et la légèreté dont elle avait fait preuve. Devant les pertes records, la compagnie avait dû renouveler entièrement son équipe dirigeante, procéder à des excuses officielles et démanteler son groupe en plusieurs filiales. Pour autant, la transparence de Fujiya n'est pas exempte de reproches: alors que le rapport d'hygiène a été transmis à la direction début décembre, les dirigeants n'ont communiqué cette information qu'en janvier, soit juste après les fêtes, une période traditionnellement propice à la vente de gâteaux.