Des chercheurs de l'Australian Institute of Marine Science (AIMS) et de l'Université James Cook ont montré que la toxicité des pesticides agricoles acheminés vers la mer par les rivières et eaux de ruissellement sur les massifs coralliens a été jusqu'à présent sous-estimée .
La sensibilité du corail Acropora millepora à un certain nombre de polluants courants, incluant quatre classes d'insecticides agricoles et un fongicide, utilisés couramment dans la région nord-est du Queensland a été mesurée. Les effets des composés chimiques ont été observés pendant les différents stades de l'évolution du corail, pendant la période de fécondation des oeufs, du développement larvaire, de la métamorphose et pendant la vie adulte.
Les pesticides testés incluent deux types d'organophosphorés (chlorpyrifos et profénofos ), un organochloré (endosulfan), un carbamate (carbaryl) et un pyréthroïde de synthèse (perméthrine); le fongicide est un chlorure mercurique (2-méthoxyméthyl). Les données indiquent que les coraux sont très vulnérables à des teneurs très basses de produits chimiques pendant certaines périodes de leur vie.
Aucun des insecticides ne semble avoir d'effet sur la fécondation des gamètes qui est externe, jusqu'à des teneurs atteignant 30 micro-g/l. L'exposition aux insecticides a peu d'effets visibles sur les branches adultes après 96 heures d'exposition à des concentrations de 10 micro-g/l à l'exception de profenofos qui entraîne une rétraction du polype, un blanchissement et une diminution légère de l'efficacité photosynthétique des symbiotes. Par contre, l'implantation du corail diminue de 50 à 100% après 18 heures d'exposition à des concentrations très basses à tous les insecticides testés (0,3 à 1,0 micro-g/l).
Le fongicide affecte toutes les étapes du développement des coraux à des concentrations très faibles. Il inhibe la fécondation et la métamorphose à des concentrations de 1 micro-g/l et on assiste au blanchissement et parfois à la nécrose des tissus de l'hôte. La sensibilité très importante des larves aux pesticides et aux fongicides présents dans le milieu récifal à des concentrations proches de leur limite de détection souligne le besoin d'évaluer la toxicité des substances chimiques à tous les stades du développement et non seulement sur les organismes adultes.