Le ministère japonais de l'Agriculture, de la Forêt et des Pêcheries a décidé après consultations publiques de garder le même système de gestion des surplus de végétaux récoltés, système pourtant critiqué pour son gâchis.
Afin de maintenir les prix des végétaux à un niveau stable, les maraîchers japonais peuvent procéder à des destructions de leur récolte en plein champ. Si le prix de gros tombe en dessous de 70% du prix moyen observé sur les neuf dernières années, les producteurs peuvent demander l'application de la procédure de destruction. Grâce à un fonds gouvernemental auquel les exploitants cotisent pour moitié, les agriculteurs reçoivent des dédommagements financiers en fonction de la quantité de légumes détruite (4 millions d'euros versés en 2006). Ce système est réservé aux producteurs de choux, choux chinois, radis japonais, carottes, oignons et laitues. En vigueur depuis 1972, il est critiqué depuis son lancement pour sa logique de gaspillage des ressources. Récemment, la douceur de l'hiver a entraîné des excédents de production et près de 22.000 tonnes de choux ont dû être détruites en novembre et décembre, ce qui a ravivé les plaintes du public. De plus, alors que le gouvernement incite les enfants à manger plus de légumes et de fruits, le ministère pouvait difficilement ignorer les commentaires suggérant de réutiliser les surplus de légumes dans les cantines scolaires.
Le ministère de l'Agriculture a donc créé en février un comité consultatif afin d'identifier les possibilités de réforme du système, recueillant l'avis du public et de spécialistes. Mais les suggestions se sont révélées non-viables économiquement.
Le don aux cantines et aux associations humanitaires locales pourrait perturber les relations économiques entre clients et producteurs, car les écoles n'auraient plus besoin d'acheter les produits, ce qui entraînerait une chute globale des prix. L'assistance aux pays "pauvres" n'est également pas réaliste, car, outre les problèmes et les coûts de transport, ces pays ne sont pas demandeurs de légumes frais. Le stockage coûte cher et les légumes concernés ne peuvent pas être transformés en biocarburants, du fait de leur teneur en eau. Enfin, étendre la durée de vie de ces primeurs en les transformant en produits secondaires (conserves...) entraînerait une hausse du prix de ces mêmes produits, du fait même du coût des ingrédients.
La seule solution retenue par le comité consultatif est d'absorber les surplus en les confiant à l'industrie agro-alimentaire pour la fabrication d'aliments préparés. Mais le quotidien Yomiuri Shimbun remarque que les industriels, habitués à utiliser selon des circuits établis des légumes importés à faible prix, pourraient ne pas vouloir acheter d'autres légumes à des prix plus élevés. Doutant du sérieux des consultations, le journal appelle le ministère à cesser de privilégier les agriculteurs dans ce dossier, afin que les consommateurs et les producteurs soient considérés de la même manière.