Le secret de l'espérance de vie des femmes ainsi que les faibles risques cardiovasculaires des Français (malgré leur régime riche en cholestérol) pourrait être caché dans une petite portion de leurs chromosomes. Les chercheurs du Centre National de Recherche Oncologique (CNIO) de Madrid ont découvert que les femmes possèdent des télomères plus longs que ceux des hommes. Cette structure, non codante, se situe à l'extrémité des chromosomes. Les scientifiques ont remarqué que cette structure est plus longue chez les Français que chez les autres Européens.
Pour en arriver à cette conclusion le groupe de recherche a étudié plus de deux cents échantillons de sang provenant d'hommes et de femmes de différents pays : Espagne, Italie, France, Grèce et Pologne. Les donneurs avaient entre soixante et cent ans. La mesure des télomères a été rendue possible grâce à une nouvelle technique développée par les scientifiques du CNIO.
Depuis quelques années, on sait que les télomères et les télomérases, enzymes qui fabriquent de nouveaux télomères, jouent un rôle clé dans le cancer et son vieillissement. Les cellules malignes mettent en marche des mécanismes pour conserver leurs télomères et se multiplier indéfiniment. Avec le temps, les cellules saines perdent elles cette fonction, ce qui contribue à l'apparition de problèmes liés au vieillissement tels que les maladies cardiovasculaires.
Durant l'étude, dirigée par María Blasco, il a été observé que la longueur des télomères n'est pas seulement en rapport avec les problèmes cardiaques et les maladies cérébrovasculaires mais aussi avec l'âge et la capacité cognitive. De plus, la longueur des télomères se réduit de manière très significative tous les dix ans, tant chez les hommes que chez les femmes. La différence réside dans la longueur des télomères, qui sont plus longs chez la femme que l'homme, quelque soit les groupes d'âge. Cette propriété se vérifie jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans. A partir de là, les télomères des femmes se réduisent plus vite que ceux des hommes. La longueur de cette structure pourrait donc expliquer pourquoi les femmes vivent plus longtemps que les hommes. María Blasco a d'ailleurs expliqué que les estrogènes (hormones féminines) génèrent la télomérase.
Cette région des chromosomes a aussi permis d'expliquer le paradoxe français qui complexe tant les Américains du Nord : les Français peuvent consommer beaucoup de graisses saturées sans conséquence sur leur coeur ou leurs artères. Pendant des années cette contradiction a été expliquée par la consommation de vin rouge mais cette étude propose une autre explication. Les tests réalisés ont montré que les Français possèdent des télomères plus longs que leurs homologues européens quelque soient les tranches d'âge. Or, plus la structure est petite plus le risque de mort dû à des problèmes cardiovasculaires est grand.
Sans la technique de mesure des télomères, conçue par le groupe de recherche du CNIO, il n'aurait pas été possible d'arriver à ces conclusions. La méthode permet d'obtenir en moins de deux heures les données de quatre-vingt-dix-neuf échantillons. Avec le processus traditionnel, il aurait fallu un mois. María Blasco affirme donc que "les pharmaciens disposent maintenant d'un outil efficace pour chercher des antibiotiques antitumoraux contre les télomères".