Loin du préjugé dépassé d'une zone de délocalisation d'industries à faible valeur ajoutée, l'économie taïwanaise développe depuis les années 1980 des capacités de production ainsi que de recherche et développement dans les hautes technologies, qui ont fait de l'île un leader mondial pour au moins 2 produits phares : les semi-conducteurs et les écrans plats.
1. Une croissance économique portée par les hautes technologies
Si l'industrie ne représente plus que 25% du PIB, elle a cependant contribué à 1,96 point de croissance en 2006, contre 2,59 pour les services et 0,08 pour l'agriculture. Ces 25% de l'activité de l'île représentent donc 43% de sa croissance économique, preuve du dynamisme et du rôle moteur de l'industrie pour la croissance. Or, les hautes technologies occupent une place prépondérante dans l'industrie taiwanaise, puisqu'elles ont représenté 45% de la production en 2006. En outre, si les activités de service liées à ces hautes technologies sont prises en compte, la part de celles-ci dans le PIB de Taiwan atteint 20%.
2. La politique industrielle taïwanaise
La stratégie industrielle taïwanaise a consisté à renforcer les "two trillions" et les "twin stars" que sont, respectivement, les semi-conducteurs et l'optoélectronique d'une part - qui dégagent 2 600 milliards TWD de chiffre d'affaire (80 milliards USD) - et les biotechnologies et les contenus numériques d'autre part, pressentis pour être les futures success stories industrielles de l'île.
- Les semi-conducteurs Les semi-conducteurs ont connu une croissance de 24,6% en 2006, avec un chiffre d'affaire total de 1 400 milliards TWD (43 milliards USD). L'île se positionne dans les premiers rangs mondiaux sur tous les segments de ce marché : Taïwan Semiconductor Corp. et United Microelectronics Corp. sont les 2 premiers fondeurs mondiaux de semi-conducteurs, avec plus de 60% du marché mondial ; 6 des 10 plus grandes entreprises de packaging et de test de semi-conducteurs, ainsi que 4 des 15 premiers concepteurs de semi-conducteurs, sont taïwanais.
- L'optoélectronique Ce secteur inclut principalement la production d'écrans plats de technologie TFT-LCD (95% de la production) ; son chiffre d'affaire de 1 270 milliards TWD (39 milliards USD) en 2006 en fait la 2ème "trillion industry" de Taïwan. En compétition avec la Corée du Sud, Taïwan est devenu le leader mondial de ce marché, avec 41,5% de parts de marché en 2006.
3. Les parcs scientifiques occupent une place primordiale dans ce paysage industriel
Les parcs industriels abritent en effet les plus grandes entreprises de hautes technologies : TSMC, UMC, Chi Mei Optronics, AU Optronics, HannStar, Via Technologies, Mediatek... mais ils regroupent également une part significative des activités de Recherche et développement (R&D) de l'île, concentrant 20% de l'emploi dans la R&D, 20% des chercheurs, et 35% des chercheurs du secteur privé. Le parc de Hsinchu représente à lui seul 11% des brevets taïwanais déposés. Pourtant, la particularité du secteur des hautes technologies fait de la R&D des parcs scientifiques un investissement coûteux, notamment en comparaison de celle conduite dans le reste de l'île.
Cependant, la croissance des dépenses indique que les entreprises arrivent à dégager des marges suffisantes dans ces secteurs fortement capitalistiques, grâce à la croissance des marchés des hautes technologies.
4. Le modèle des parcs scientifiques
Les parcs scientifiques fonctionnent suivant un modèle de service administratif clé en main offert aux entreprises. Les 3 parcs de Taiwan (Hsinchu, Taichung, et Tainan - Kaohsiung) offrent aux entreprises des hautes technologies un lieu d'implantation pour leurs activités de production et de R&D. Sur ces sites, les entreprises bénéficient d'avantages fiscaux, sur les taxes à l'import-export ou sous forme de crédits d'impôt sur les sociétés, mais aussi d'une centralisation des services de gestion au sein de l'administration du parc. En plus d'un loyer assez faible, les entreprises reversent 0,19% de leur chiffre d'affaire pour le fonctionnement du parc (administration et infrastructures). De plus, se trouvent à proximité de ces parcs plusieurs universités parmi les meilleures de Taiwan, ainsi que des incubateurs d'entreprises et des laboratoires, cofinancés par les pouvoirs publics et les entreprises, comme l'Industrial Technology Research Institute (ITRI). Les entreprises ainsi regroupées bénéficient donc de facilités administratives significatives comme d'un environnement industriel concentré en main d'oeuvre qualifiée et en activités à haute valeur ajoutée. Par exemple, 66% des employés du parc ont un diplôme d'études supérieures.
Les parcs scientifiques sont donc des zones concentrant les activités de R&D, bien que les subventions publiques soient extrêmement faibles dans ce domaine. En effet, d'après les chiffres du National Science Council (NSC), si le gouvernement prend en charge 21% des dépenses nationales de recherche et développement, au sein des parcs, 99,9% de ces dépenses sont assurées par les entreprises.
5. Une approche originale de la compétitivité industrielle
Le modèle des parcs scientifiques taiwanais peut rappeler, au premier abord, celui des pôles de compétitivité français, notamment du fait du regroupement d'entreprises, d'universités, de laboratoires, avec le concours de l'administration. Il procède en fait d'une logique différente. En effet, si les pôles français ont été reconnus à partir de regroupements déjà existants d'entreprises, les parcs se sont crées sur des terrains vierges. La gestion des parcs scientifiques diffère également de celle des pôles de compétitivité : en premier lieu, le gouvernement taiwanais ne subventionne pas les projets industriels, sur lesquels il n'a donc aucune prise ; ensuite, l'administration se borne à fournir un certain nombre de services facilitant l'activité économique et commerciale des entreprises ; enfin, aucune coopération ni aucune concertation entre les acteurs de ces parcs, publics comme privés, n'est institutionnalisée. Il est finalement remarquable, d'un point de vue français, que Taiwan ait obtenu un tel succès industriel et économique sans apporter de subventions conséquentes pour le développement des entreprises de hautes technologies.