A l'Université Technique (TU) de Dresde, les chercheurs se penchent sur le cas des plantes carnivores ; toutefois loin d'eux l'idée de s'engager sur la pente glissante d'un entonnoir végétal et d'encourir la noyade. C'est malheureusement le sort qui menace les insectes trop aventureux lorsqu'ils tombent dans l'urne (ascidie) d'une plante carnivore. Bien souvent ils glissent sur la paroi du tube végétal, ne peuvent pas regagner l'extérieur et, à bout de forces, finissent noyés dans les sucs digestifs de la plante.
Les scientifiques se sont particulièrement intéressés à la structure extrêmement glissante de ces pièges et aux moyens de la reproduire artificiellement pour empêcher la propagation des insectes, dans les tuyaux d'aération par exemple. Dans le jargon physique, cette absence d'adhérence sur la paroi végétale est due à "l'effet lotus". Il s'agit d'un phénomène d'interactions entre les gouttelettes d'eau et une surface superhydrophobe, utilisé par certaines plantes (famille du lotus) pour nettoyer la surface de leurs feuilles des insectes, poussières, etc.
Durant les 9 derniers mois, le Prof. Christoph Neinhuis de la Chaire de botanique de la TU, s'est associé au Dr. Stanislav Gorb de l'Institut Max-Planck de recherche sur les métaux afin d'étudier divers revêtements antiadhésifs, notamment celui des Népenthès, des plantes carnivores à pièges passifs. La partie supérieure de l'urne de ces végétaux est couverte d'une multitude de cristaux microscopiques de cire sur lesquels les insectes ne peuvent pas s'agripper. A l'instar des industriels qui, dans les années 90, ont développé, en se basant sur l'effet lotus, des matériaux aux surfaces imperméables et autonettoyantes, les chercheurs de Dresde ont travaillé sur des feuillets métalliques ou polymères au revêtement inspiré par les plantes carnivores.
Une étude de faisabilité, financée à hauteur de 50.000 euros par le Ministère fédéral de l'enseignement et de la recherche dans le cadre du "Concours d'idées en biomimétique", avait été à l'origine de ce projet. Désormais la fabrication d'un tel revêtement ne coûte que quelques cents par mètre carré et rien n'empêche une production industrielle de masse. D'après les chercheurs, dans quelques mois, ce nouveau matériau pourrait trouver son application dans le revêtement intérieur de canalisations afin d'y empêcher la progression d'insectes et ainsi contribuer à la désinsectisation des bâtiments.