Aujourd'hui, le marketing agroalimentaire cherche de plus en plus à proposer de l'allégation santé. Mais pour y parvenir, il va devoir adopter les process de l'industrie pharmaceutique. D'où la nécessaire émergence d'un "marketeur hybride" disposant non seulement de la rigueur scientifique mais maîtrisant également les techniques les plus pointues du marketing. Anticipant la demande, Valérie Philippon a créé le premier mastère spécialisé en marketing alimentation santé au sein du groupe ESC Dijon Bourgogne, une expérience que plusieurs grandes écoles observent avec intérêt. Médecin de formation, issue de l'industrie pharmaceutique, cette femme dynamique prépare d'ores et déjà la rentrée 2008-2009 et souhaite, en particulier, ouvrir davantage ce mastère aux étudiants étrangers. Propos recueillis par Jean-François Desessard.
BE France - Quel est le profil de la première promotion de ce mastère dont les cours ont commencé le 8 octobre dernier ?
Valérie Philippon - Cette promotion, que Jean-Philippe Girard, le PDG d'Eurogerm, a accepté de parrainer, compte douze étudiants. Ce sont principalement des ingénieurs agronomes issus des écoles de Dijon, Lyon, Montpellier, Nantes et Toulouse, mais aussi des "mastère2" en nutrition santé ou sciences de la vie, dont deux thésards de l'Inserm qui ont abandonné la voie recherche pour se rapprocher de l'entreprise. On y trouve également deux personnes ayant une formation plus atypique, la première avec un deug de psy, un mastère en communication des entreprises et une expérience professionnelle de trois ans dans la communication, la seconde, une étudiante chinoise qui, après avoir obtenu dans son pays un diplôme d'une école de commerce spécialisée dans la finance, est venue en France pour apprendre la langue avant de s'inscrire à ce mastère.
BE France - Quel programme leur proposez-vous ?
Valérie Philippon - Les étudiants qui optent pour ce mastère sont intéressés davantage par un projet en entreprise qui requiert une double formation. Aussi souhaitent-ils disposer d'un bagage à la fois technique et managérial. Dans ce contexte, nous avons bâti un programme qui leur apporte non seulement les compétences généralistes nécessaires mais aussi les connaissances plus spécifiques dans le domaine de l'alimentation santé. Aujourd'hui, une trentaine de professeurs dispense ces cours, notre objectif étant de créer progressivement une sorte de "team" spécialisée en alimentation santé et regroupant toutes ses composantes, du comportement alimentaire au marketing, en passant par la communication. A la fin de ces six mois de cours, chacun des étudiants partira en mission au sein d'une entreprise afin, notamment, de valider ses acquis et de rédiger une thèse professionnelle qui sera soutenue devant un jury.
BE France - Vous préparez d'ores et déjà la rentrée 2008-2009. Quelles sont les améliorations que vous souhaiteriez apporter à l'occasion de l'arrivée de cette seconde promotion dont la sélection est prévue pour avril prochain ?
Valérie Philippon - Nous souhaiterions accueillir une vingtaine d'étudiants avec davantage d'étrangers. Aujourd'hui, 20% des cours sont dispensés en anglais. Mais nous allons faire le nécessaire pour que ce pourcentage atteigne rapidement les 50%. C'est pourquoi, avec l'aide de Vitagora, le pôle de compétitivité "Goût-Nutrition-Santé", dans la logique duquel s'inscrit notre mastère, nous avons décidé d'identifier, principalement en Asie et aux Etats-Unis, des professeurs compétents qui accepteraient de venir dispenser des cours. J'ajoute que nous allons signer prochainement une convention avec l'Université de Bourgogne afin d'officialiser notre partenariat avec l'ENSBANA (Ecole Nationale Supérieure de Biologie Appliquée à la Nutrition et à l'Alimentation), ce qui, soulignons-le, est une sorte de "première" dans l'enseignement supérieur en matière de partenariat "public-privé".