Une équipe dirigée par Edouard Kouassi, de l'Université de Montréal, a établi une relation entre la schizophrénie et le taux plus élevé de cytokines observé chez ceux qui sont atteints de cette maladie.
Neuf maladies auto-immunes, dont l'intolérance au gluten, l'inflammation de la thyroïde et l'anémie hémolytique, sont plus répandues chez les schizophrènes et cinq d'entre elles sont plus fréquentes chez leurs parents que dans l'ensemble de la population. En revanche, les schizophrènes sont moins affectés par la polyarthrite rhumatoïde. En passant en revue les données de 62 études ayant analysé les taux d'une dizaine de cytokines chez 2300 patients, l'équipe de chercheurs a pu observer que la proportion de l'interleukine 6 et de l'antagoniste du récepteur de l'interleukine 1 était particulièrement élevée chez les schizophrènes.
La cytokine antagoniste de l'interleukine 1 joue un rôle protecteur dans la polyarthrite rhumatoïde, ce qui en fait une cause possible pouvant expliquer l'incidence moins grande de cette maladie chez les schizophrènes. Par ailleurs, les cytokines régulent l'activité de plusieurs neurotransmetteurs cérébraux, dont la dopamine et la sérotonine; la dopamine est déjà connue pour son action importante dans la schizophrénie, tandis que la sérotonine module l'état de dépression tout en étant un régulateur du système immunitaire.
"Les cytokines elles-mêmes jouent de nombreux rôles, précise Edouard Kouassi. L'une d'elles par exemple, l'érythropoïétine, agit comme hormone de croissance sur les globules rouges et comme neuroprotecteur ; lorsqu'elle est utilisée avec les médicaments antipsychotiques, elle améliore les fonctions cognitives chez les schizophrènes. D'autres neurotransmetteurs et leurs récepteurs spécifiques sont par contre altérés dans la schizophrénie, comme les récepteurs de glutamate ; en stimulant ces récepteurs, on diminue certains symptômes de la maladie. Il faut regarder l'ensemble de ces facteurs et leurs interactions pour avoir une compréhension complète de la maladie."