Pour la première fois, une université américaine a décerné un prix à une équipe slovène. Composée de 7 étudiants en biochimie, microbiologie et biotechnologie de la Faculté de chimie et de Technologie Chimique et de la Faculté de Biotechnique, cette équipe slovène a en effet préparé et -avec une concurrence de 56 autres équipes- défendu avec succès un projet consistant à tester sur des cultures de cellules une nouvelle approche du traitement de l'infection du VIH. Cette approche devrait assurer aux cellules humaines une défense contre le virus qui serait par ailleurs insensible à ses mutations. L'équipe a ainsi obtenu le premier prix dans le domaine du traitement et de la médecine lors du concours des projets en synthèse biologique de l'Université de MIT au Etats-Unis. Une telle approche pourrait, après avoir d'autres tests sur les animaux et des vérifications supplémentaires, ouvrir la voie au traitement génétique des patients atteints par le virus.
Le professeur Roman Jerala, chef du Laboratoire de Biotechnologie de l'Institut de Chimie de Ljubljana, explique que l'idée de faire participer ses étudiants à cette compétition lui était venue il y a moins de deux ans en lisant un article sur celle-ci paru dans la revue Nature. C'est ainsi qu'un premier projet de recherche sur le thème de la sepsie a déjà été soumis l'an passé. Les étudiants ont à l'aide d'une boucle dite de rétroaction modifié en laboratoire une cellule de mammifère de façon à empêcher le corps de réagir exagérément à l'infection bactérienne. Le projet avait également remporté le premier prix de cette compétition prestigieuse. Ce premier succès a incité l'Institut à relever le défi d'un second exploit. L'équipe s'est constituée à la suite d'une sélection sur concours national lancé par l'Institut. Le projet a commencé au début de cette année, les étudiants n'ont eu qu'un mois pour réfléchir et se préparer. Les travaux expérimentaux ont débuté en juin suivis de plusieurs mois d'un dur labeur dans les laboratoires très bien équipés de l'Institut.
Le travail de recherche de cette équipe slovène a porté sur le problème de la mutation rapide du virus qui devient résistant aux différents traitements destinés à agir sur des cibles déterminées ou protéines du virus. Si ces dernières se modifient, les traitements n'ont plus d'effet. On estime à près de 20% le taux de malades atteint du VIH résistant au traitement. Actuellement le seul traitement efficace est la trithérapie (HAART), les chances que le virus devienne résistant à trois traitements à la fois étant en effet minimes.
La question est de savoir s'il est possible de prévenir et d'empêcher le risque d'infection grâce à la réaction de la cellule. L'approche des Slovènes, à la différence des essais pratiqués jusqu'alors, ne s'est pas orientée vers une protéine concrète du virus, à savoir la protéase du virus ou gp120, au moyen de laquelle le virus se fixe sur la cellule, mais plutôt vers la perception de cette fonction du virus, i.e. sur le fait même que ce dernier se fixe sur les récepteurs de la cellule. Au lieu de tirer avantage des molécules individuelles du virus, ils ont utilisé les fonctions clés du virus et, à l'aide du travail expérimental en laboratoire, formé un "appareil" génétique. Celui-ci assure aux cellules humaines, en activant leur partie interne, une défense réel contre le VIH. En d'autres termes, à l'aide d'une méthode innovante spéciale, ils ont activé la réaction de la cellule au moment où les récepteurs de la cellule perçoivent la jonction du virus ou le fonctionnement de ses protéases. En ce qui concerne la défense contre le virus, deux approches ont été testées, l'induction de la mort cellulaire, qui empêche par la suite le virus de se multiplier, et la libération d'interféron bêta, qui permet aux autres cellules de réagir plus facilement contre le virus. L'autre avantage de cette approche est qu'elle permet également d'avoir la réaction de son choix ou de l'avoir sous une forme combinée. Le projet a été mené à terme avec succès, et cette réussite a pu être prouvée dans les conditions de laboratoire par diverses méthodes.