L'Université de Warwick a décidé de mettre en ligne sa collection très originale de pièces de théâtre en langue française des 18e et 19e siècles. Cet ensemble de plus de quatre mille oeuvres au total a été constitué à partir d'une première acquisition, en 1975, de quelques deux milles pièces de théâtre publiées entre 1700 et 1830, et dont une très grande partie avait appartenu au collectionneur Amédée Marandet, acteur et auteur dramatique français de la fin du 19e et du début du 20e siècles. La collection a été agrandie et complétée pour la période 1830-1900 par l'achat en 1979 de deux milles autres pièces.
Ce qui s'appelle aujourd'hui Marandet Collection of French Plays (la Collection Marandet de pièces françaises) permet d'avoir une vue très complète de la production théâtrale française sur deux siècles. Le grand intérêt de cet ensemble est qu'on y trouve à côté de Marivaux ou Hugo les noms d'auteurs moins connus ou complètement oubliés, mais dont le succès a été très grand, comme Mercier ou Pixérécourt, le créateur du mélodrame. De la même manière, le vaudeville est très bien représenté avec les oeuvres de Favart, Sedaine et Scribe. Il est rare qu'une bibliothèque d'université britannique possède des oeuvres de littérature étrangère réputées "mineures", ce qui a conduit à une association avec le département de français afin de faire connaître la collection et de l'exploiter au mieux.
Ainsi, la numérisation des ouvrages n'est pas conçue comme une fin en soin, mais comme un élément dans la formation des étudiants et dans leur initiation à la recherche. Depuis 2005, un peu plus de 300 pièces ont été mises en ligne et le programme permet des recherches par mots clés. Mais c'est le financement accordé pour deux ans à partir de 2006 par le Fonds d'innovation pour l'éducation de l'université, destiné à soutenir des projets utiles pour les étudiants, qui a réellement impliqué les jeunes chercheurs. Ils sont ainsi appelés à participer à la sélection des ouvrages numérisés pour la période 1799-1815, et à suivre le processus de mise en ligne, tout en consacrant leurs travaux de recherche aux textes qu'ils ont choisis. Incités à travailler sur des textes et des écrivains sur lesquels on ne sait plus grand-chose, ils sont assurés de produire une recherche originale. De plus, leurs résultats sont publiés dans un journal en ligne, Marandet Matters, dont le premier numéro est déjà disponible.
Les études théâtrales s'aventurent rarement hors des noms célèbres et des grands mouvements esthétiques: l'Université de Warwick fait ici un travail pionnier qui lui permet de se distinguer clairement dans le paysage des études françaises.