Au cours de la dernière décennie, l'industrie des fleurs ornementales a connu un grand changement au Chili. Même si le niveau de la consommation est encore bas par rapport aux autres pays, cette année pour la première fois, l'importation de fleurs a dépassé les exportations. On estime qu'au Chili la consommation de fleurs atteint 3 à 5 dollars par an et par habitant. La Suisse, qui est le pays qui a la plus haute consommation des espèces ornementales, dépense 200 dollars par habitant et par année, et le Japon, au alentour de 60 dollars par an. Les plus grands producteurs en Amérique Latine sont la Colombie et l'Equateur. En plus de leur proximité avec leur principal marché de destination, les Etats Unis, ces deux pays ont a leur avantage d'avoir des climats homogènes pendant toute l'année. Mais le Chili pourrait aussi tirer profit de son climat.
Une équipe de la Faculté d'Agronomie et Ingénierie Forestière de l'Université Catholique du Chili, dirigée par le professeur Eduardo Olate, travaille sur la culture in vitro de trois espèces ornementales ayant un grand potentiel commercial : astromelias (Alstroemeria), peonías (Paeonia) et proteas (Protea). L'objectif à long terme du projet est de créer une unité de culture in vitro d'espèces qui seraient difficiles à multiplier.
A la différence de la reproduction sexuelle, qui utilise des graines, la culture in vitro est une forme de clônage qui reproduit à partir d'une partie de plante, en conditions aseptiques et artificielles. Même si ce système est coûteux, puisqu'il implique l'utilisation de technologies telles que les couveuses qui apportent lumière et température contrôlées, il permet d'améliorer le taux de multiplication de variétés de grande valeur commerciale.
Dans le cas des astromelias, seule variété d'origine native, le projet FIA est associé à un programme d'amélioration génétique, financé par la Fondation COPEC UC. Le but est de générer une grande variété d'espèces locales qui seraient utilisées dans des parcs et des jardins. Olate explique que les astromelias sont produites dans deux pays : le Chili et le Brésil. Le Chili dispose de 35 à 60 espèces distribuées entre la II Région et Magallanes. Il est très probable que les premiers à développer un programme d'amélioration génétique de l'astromélia aient été les Hollandais, suivis des Japonais et cela est à l'origine des variétés aujourd'hui commercialisées au Chili.
L'équipe de l'Université Catholique essaye de croiser des espèces de différentes tailles en utilisant des moyens biotechnologiques, telle que la récupération des embryons. Olate explique la procédure : "Quand on croise le pollen d'une espèce et on le porte à une autre différente, il y a plusieurs mécanismes pour que ce pollen ne germe pas et qu'à la fin il ne donne pas de graine. C'est la façon qu'ont les espèces végétales de se protéger de tout le pollen qui se promène. Mais nous, nous trompons la plante : nous prenons le pollen d'une espèce, nous le mettons dans le stigmate d'une autre espèce, nous attendons la fertilisation (entre 5 et 15 jours), nous l'enlevons de la plante puis le mettons dans des conditions in vitro. Parmi les milliers de croisement réalisés pendant la période qui va du mois d'août jusqu'à la mi-janvier, seul le 20% arrive à donner des fruits. De ces fruits sont extraites quelques graines, dont un pourcentage minimum arrive à devenir une plante obtenue in-vitro. Par la suite, on les fait croître de façon accélérée pour finalement les évaluer."
La façon traditionnelle de multiplication, au moyen de la division des plantes est lente et peu efficace. C'est la raison pour laquelle les producteurs sont très intéressés à cultiver les nouvelles variétés que l'équipe de l'Université Catholique est en train de développer à travers de la micro-propagation.