D'après une étude réalisée par des chercheurs de l'Institut des Sciences de la fondation Gulbenkian et publiée dans le journal PLoS ONE, l'éradication du paludisme dans les régions endémiques est possible. Cette assertion, proposée en collaboration avec des chercheurs britanniques basés au Kenya, repose sur les résultats d'un modèle étudiant la transmission du paludisme dans les régions subsahariennes d'Afrique.
On estime aujourd'hui à 2.2 milliards le nombre de personnes infectées par le parasite Plasmodium falciparum dans 86 régions endémiques, correspondant à 515 millions de cas cliniques de par le monde et un million de décès par an en Afrique. Une des caractéristiques de ce parasite est l'apparition graduelle d'une immunité clinique résultant d'une exposition répétée à celui-ci. Or, cette immunité clinique représente un réservoir de la maladie non négligeable qui n'était pas pris en compte jusqu'à présent dans la dissémination de la maladie. Cette prise en compte des porteurs sains a permis de révéler que ceux-ci sont responsables de six fois plus d'infections que les malades en phase clinique présentant des symptômes de fièvre ou de fortes sueurs.
Pour arriver à de telles conclusions, des données ont été récoltées dans huit régions endémiques. Elles caractérisent la majorité des cas de l'Afrique Sub-saharienne. En modélisant mathématiquement les porteurs sains comme un mécanisme indépendant d'infection, il est possible de prédire selon la région considérée le temps nécessaire à l'éradication de la maladie. "Dans un district comme Foni Kansala, en Gambie, si les porteurs sains étaient traités pendant deux années, la maladie disparaîtrait" souligne Gabriela Gomes, chercheur en modélisation mathématique.
Ce modèle permet également de prédire la probabilité de résurgence de cette maladie. Dans un pays comme le Portugal, déclaré sans paludisme par l'OMS depuis 1973, une altération climatique permettant le retour des anophèles, moustiques vecteurs de la maladie, sur le territoire ne permettrait pas au caractère endémique de la maladie de reprendre. Car pour être endémique, il est nécessaire d'avoir un grand pourcentage de porteurs sains propageant la maladie. Et pour avoir ces porteurs sains immunisés, il faut que la maladie soit endémique. Sur la base des résultats du modèle, l'équipe ne considère pas probable un retour du paludisme en Europe. L'éradication du paludisme demandera des moyens très importants et une solide logistique prenant en compte les caractéristiques de chacune des régions à traiter. En effet, le pourcentage de la population servant de réservoir à la maladie est variable, s'étalant de deux pour les régions à faible transmission de la maladie à 90 pour cent dans les régions à forte transmission de la maladie.
- "E possível acabar com a malária no mundo, segundo modelo matemático português" - Público - 12/03/2008 - http://ww2.publico.clix.pt/ - "Prospects for malaria eradication in Sub-Saharan Africa" Ricardo Aguas, M. Gabriela M. Gomes et al. PLoS ONE 3(3). 12/03/2008