Le Laboratoire National Danois des Energies Renouvelables Risø dispose d'un nouvel outil pour mener des expériences climatiques sur les végétaux. Doté de six serres uniques au monde, le RERAF ("Risø Environmental Risk Assessment Facility") est actuellement utilisé pour observer les évolutions génétiques des plantes soumises à des changements climatiques.
Les paramètres climatiques de chacune des serres de 24 mètres carrés de surface et de 3 mètres de hauteur sont réglables grâce à un système de suivi permettant aux scientifiques de suivre simultanément six scénarii indépendants. La possibilité d'y injecter des gaz comme l'ozone représente l'un des atouts majeurs du RERAF. "L'ozone est un élément naturellement présent dans l'atmosphère, mais il est rarement pris en compte pour les expériences de ce type. Dans la mesure où il peut devenir nuisible pour les végétaux, la possibilité de contrôler sa présence dans les serres du RERAF peut être d'une grande importance" explique ainsi Teis Nørgaard Mikkelsen, responsable du projet.
Des ventilateurs permettent d'autre part d'aérer régulièrement les plantes, stimulant ainsi leur croissance racinaire naturelle. L'ajustement de l'intensité lumineuse et de la durée du jour s'effectue en agissant sur les 42 lampes présentes dans chaque serre, tout en y injectant du CO2 (fourni par la société Air Liquide). Enfin, les chercheurs peuvent contrôler l'humidité de l'atmosphère.
Pour Teis Mikkelsen, "le RERAF est une serre de toute première catégorie qui attirera des chercheurs et des étudiants venus du monde entier". Son équipe a d'ores et déjà accueilli un doctorant allemand et plusieurs étudiants venus dans le cadre de thèses ou de projets d'étude.
Les plantes s'adaptent. Le tout est de savoir comment...
Rikke Bagger Jørgensen dirige les travaux actuellement menés au RERAF. L'objectif de son équipe est d'observer l'évolution de l'orge et du colza sur plusieurs générations lorsque ces espèces sont soumises au changement simultané de plusieurs facteurs climatiques. Ce type d'expérience ne pouvait être auparavant mené que sur une génération et en faisant varier deux facteurs climatiques tout au plus. Le RERAF permet ainsi de se rapprocher des conditions naturelles et d'obtenir des résultats plus proches de la réalité.
Le colza et l'orge ont été retenus pour mener les expérimentations car les chercheurs disposent de connaissances génétiques beaucoup plus larges sur les espèces de culture que sur les plantes sauvages. "Nous utilisons plusieurs variétés d'orge et de colza, des plus anciennes au patrimoine génétique varié aux plus récentes, largement utilisées en agriculture" explique Rikke Bagger Jørgensen. Nous avons également choisi une petite "espèce modèle", l'Arabidopsis pour son cycle de reproduction très court.
Les scientifiques espèrent comprendre si la résistance des espèces à la sécheresse, aux fortes chaleurs et à des teneurs accrues en CO2 et en ozone, est d'avantage liée à la sélection naturelle ou à des mutations génétiques. S'il s'avère que seules les plantes disposant à l'origine d'un patrimoine génétique particulièrement adapté au nouveau climat survivent, cela posera la question de la survie de nombreuses espèces qui pourraient être confrontées à l'avenir à des changements rapides et radicaux auxquels elles n'auraient pas le temps de s'adapter. La sauvegarde du patrimoine génétique végétal mondial dans des " banques de graines " serait alors un enjeu encore plus important.