"Vais-je devenir un poids pour mes proches ? Combien de temps pourrai-je rester autonome ? Vais-je devenir dépendant de l'assistance publique ?" Telles sont les préoccupations naturelles des personnes âgées chez qui une forme de démence dégénérative a été diagnostiquée. Mais une étude récente du Centre National Danois d'Etude des Registres (National Centre for Register-based Research) montre que le choc du diagnostic en lui-même pourrait pousser au suicide un grand nombre d'entre eux.
"Le taux de suicide des personnes âgées au Danemark est de 3 à 10 fois plus élevé lorsqu'elles sont atteintes de démence, sans doute en raison de leur bonne connaissance de l'évolution de la maladie. Ces personnes savent que leurs capacités cognitives vont dégénérer et qu'elles deviendront inévitablement dépendantes de l'aide des autres" explique Annette Erlangsen, professeur assistante au NCRR.
Une étude nationale de grande ampleur
Les résultats de l'étude ont été publiés le 29 février 2008 dans la prestigieuse revue "American Journal of Geriatric Psychiatry". Ce travail de recherche a été mené en collaboration avec le professeur Yeates Conwell, chercheur en psychiatrie gériatrique au Centre Médical de l'Université de Rochester et le professeur Steven H. Zarit, chercheur en gérontologie de l'Université de Pennsylvanie.
Cette étude, pour laquelle plus de 2 millions de Danois âgés de 50 ans et plus ont été suivis entre 1990 et 2000 est la première de la sorte à être menée au niveau national. Ses conclusions remettent en cause la croyance répandue selon laquelle le suicide des personnes âgées souffrant d'une maladie mentale est un phénomène marginal.
Le choc du diagnostic
Le groupe pour qui le phénomène est le plus marqué est celui des 50-70 ans. L'aspect inattendu et imprévisible vient en effet s'ajouter à toutes les autres implications de la maladie. Les tendances suicidaires seraient en outre les plus fortes juste après l'annonce du diagnostic. Les chercheurs ont cependant observé que le désir de mettre fin à ses jours pouvait atteindre des proportions telles qu'il donnait aux patients en stade de maladie avancé les ressources pour organiser leur suicide.
Pour Annette Erlangsen, cette étude devrait entraîner le développement de mesures préventives visant à répondre aux signaux envoyés par les patients. Les résultats indiquent en effet que la plupart des personnes passant à l'acte avaient auparavant clairement indiqué leurs intentions, par exemple par des phrases du type : "Tout serait tellement plus simple si je n'étais plus là".
Les registres publics danois comme base de travail
Les registres publics danois offrent aux chercheurs du Centre National d'Etude des Registres une population presque unique au monde en terme de taille et de représentativité. Le registre danois de recherche en psychiatrie, considéré comme le meilleur mondial, fournit aux chercheurs un très grand nombre de données, permettant ainsi d'accéder à de nouvelles connaissances sur le suicide et les troubles mentaux.
Les travaux d'Annette Erlangsen portent sur une population de patients pour lesquels le diagnostic a eu lieu en milieu hospitalier. Ils ne prennent pas en compte les patients traités par leur médecin généraliste. Le taux de suicide réel des personnes âgées souffrant d'une forme de démence pourrait en conséquence être encore plus élevé que celui annoncé par les chercheurs.
Cette étude a été réalisée dans le cadre d'un vaste projet de recherche sur le suicide des personnes âgées, mené par Annette Erlangsen en collaboration avec des équipes américaines. Elle a reçu le soutien financier de la Fondation Velux au Danemark et de la Fondation Américaine pour la Prévention du Suicide.