L'Autriche souscrit entièrement aux objectifs de la stratégie de Lisbonne qui prévoit de bâtir une société de la connaissance, la plus compétitive du monde, au service de l'emploi et la croissance, ainsi qu'en atteste le programme de gouvernement de grande coalition SPOe-OeVP au pouvoir depuis 2007. A cet égard, l'Autriche a entrepris depuis plusieurs années de moderniser son système d'innovation ; cependant l'état actuel et à venir des ressources humaines pourrait entraver cette marche vers un pays de haute technologie comme le montre une étude réalisée par l'université de Vienne pour le compte du Conseil autrichien pour la recherche et le développement technologique (RFT), si les tendances constatées devaient perdurer.
Situation de départ
Selon les estimations, entre 2004 et 2010, la part des emplois nécessitant une formation supérieure aura progressé en moyenne de 2,3% par an pour représenter 10,1% des emplois contre 9,3% en 2004, reflétant ainsi la tertiarisation des emplois en Autriche. Particulièrement concernés seront les sciences exactes, l'informatique et le secteur médical. De récents sondages ont déjà mis en évidence la difficulté croissante des entreprises à pourvoir des postes dans la construction de machines, les sciences des matériaux, l'électrotechnique, la métallurgie et les techniques de procédé. Cependant, la population diplômée du supérieur représentait en 2004/2005 seulement 19,6% de la population alors que la moyenne des pays de l'OCDE s'établissait à 34,8% !
Résultats de l'étude
Le système de formation actuel produit un faible taux de diplômés du supérieur, conséquence à la fois d'un taux tout aussi faible de bacheliers et d'un fort taux d'échec dans le supérieur ; un manque d'attractivité des carrières universitaires ; un mode de sélection inadéquat et le déficit de passerelles entre les différentes voies.
La féminisation de la science représente également un défi central : en dépit des conséquences pourtant jugées positives d'une féminisation, les barrages sont nombreux, tels que l'association des emplois scientifiques et techniques au genre masculin, les contraintes familiales qui s'inscrivent en porte-à-faux avec les conditions d'une carrière S&T.
Et si l'immigration devrait en théorie ouvrir des perspectives pour pallier au manque local de main d'oeuvre, elle serait marquée par une faible qualification et l'absence de mobilité sociale des immigrés, accentuée par la barrière linguistique. Et l'Autriche n'aurait pas encore décidé des mesures appropriées pour attirer les meilleurs cerveaux, ce qui serait en outre corrélatif du manque d'attention portée au potentiel de l'immigration.
Les auteurs de l'étude concluent en mettant en avant des chantiers pour augmenter le taux de bacheliers et de diplômés du supérieur, ce dernier étant considéré comme la clef du problème : la réforme du système d'enseignement qui oriente trop tôt les écoliers avec peu de possibilités de réorientation ; le mode de sélection ; repenser les carrières scientifiques ; enfin, ancrer durablement la dimension scientifique dans l'identité autrichienne.
L'étude devrait selon toute probabilité tenir lieu de support principal aux recommandations à venir du RFT sur les ressources humaines dans les métiers scientifiques et techniques.