Un groupe de scientifiques de diverses disciplines et institutions nord et sud américaines suivent les traces de Darwin et revisitent les endroits explorés par ce dernier il y a 200 ans dans la même optique de comprendre les connections entre l'évolution des lieux et des organismes. Le groupe est composé, pour l'Université Dalhousie, de Daniel Ruzzante, titulaire d'une chaire de recherche en "marine conservation genetics", de Sandra Walde, professeur de démographie et écologie évolutive, et de collègues de l'Universidad de Concepcion (Chili) et de l'Universidad del Comahue (Argentine).
Ce groupe a récemment publié un article dans la revue Molecular Ecology, intitulé "Climate control on ancestral population dynamics", concernant une étude phylogéographique sur les poissons d'eau douce en Amérique du sud. La phylogéographie est l'étude des processus qui peuvent être responsables de la distribution géographique contemporaine des populations. Les travaux dont il est question dans l'article portent sur l'analyse de la relation entre les changements démographiques chez les poissons d'eau douce et les changements climatiques au cours des 3 derniers millions d'années. Une des espèces étudiées, le Galaxias platei, a ainsi vu sa population remonter graduellement après une forte réduction il y a 23.000 à 25.000 ans, période correspondant à la dernière ère glaciaire lorsque la glace s'étendait jusqu'au Amérique du Sud. Au contraire, le Percichthys trucha, plus largement répandu et facilement adaptable a connu une croissance continue, malgré la traversée de 2 ères glaciaires.
Les changements géologiques se traduisent donc par des goulots d'étranglement génétique, suivis par une forte expansion de la faune aquatique de la région. Tout cela se traduit par un réarrangement géographique des espèces et de la diversité génétique. Cette étude met en évidence les différentes relations existant entre les variations climatiques et la faune et soulignent la productivité de l'intéraction de 2 disciplines scientifiques.
Cette étude pourrait permettre de mieux comprendre les dangers du réchauffement climatique (avec la fonte des glaciers andins) ou encore, de la compétition avec des espèces invasives telles que le saumon de l'atlantique (échappé des élevages) ou la truite arc en ciel, auxquelles les espèces aquatiques autochtones de Patagonies auront à faire face.