En février dernier, l'Economic and Social Research Council (ESRC) a publié un communiqué de presse intitulé "Une nouvelle étude montre que les agriculteurs sont optimistes à l'égard des OGM". Depuis, la polémique n'a cessé d'enfler, les attaques visant autant la manière dont l'ESRC a décidé de présenter les résultats de l'équipe qu'il a financée, que la méthodologie adoptée par les chercheurs de l'Open University.
L'ESRC a attribué 131.000 livres (environ 167.000 euros) à un projet de recherche mené par le professeur Andy Lane sur la manière dont les agriculteurs britanniques comprennent la question des OGM ("Farmers understandings of GM crops within local communities"). Trente agriculteurs, propriétaires de grandes exploitations et vingt-deux autres personnes liées aux activités de la ferme ont ainsi été interrogés par son équipe. Parmi ces agriculteurs certains avaient participé à des essais de cultures OGM, mais ce n'était pas le cas de tous. En revanche, aucun agriculteur biologique n'a été contacté.
L'enquête a conclu à un accueil très favorable des agriculteurs interrogés. Pour eux en effet, les OGM sont surtout le résultat des avancées de la recherche et de la technique. Suivant les chercheurs, il n'y a pas pour ces agriculteurs de problème éthique dans l'utilisation ou non des OGM. Ce qui est réellement important pour eux, c'est de savoir si cette innovation est rentable. Cette étude, entièrement tournée vers les questions d'opinion, montre donc une grande différence d'attitude entre les agriculteurs de ces grandes exploitations et les consommateurs qui font preuve eux, d'une défiance certaine à l'égard des OGM.
Les conclusions de l'équipe du professeur Lane, et surtout la présentation très optimiste qui en était faite par l'ESRC, ont été reprises telles quelles par la plupart des journaux britanniques. Le respectable et conservateur Sunday Telegraph titrera même "Les agriculteurs britanniques veulent cultiver des OGM". Les réactions de la part des opposants aux OGM ne se sont pas fait attendre. Le professeur Peter Saunders, de King's College London, co-fondateur de l'Institute of Science in Society, un groupe qui défend le développement durable, a tenu à souligner que l'échantillon de agriculteurs interrogés n'était pas du tout représentatif du monde agricole britannique, et que les trente grands propriétaires terriens choisis par Andy Lane ne peuvent en aucune manière être confondus avec les 50.000 membres de la National Farmers' Union (syndicat agricole). Des reproches semblables sont formulés par Carole Leifert, professeur d'agriculture biologique à Newcastle University, pour qui l'équipe de Andy Lane a eu tort de généraliser les conclusions de son enquête à l'ensemble des agriculteurs. Elle critique aussi très vivement le texte publié par l'ESRC qu'elle considère une erreur.
Face à ces critiques, l'ESRC et les chercheurs impliqués ont du répondre. L'ESRC a reconnu que la rédaction de son communiqué était malheureuse, mais a défendu la recherche menée en insistant sur le fait qu'il s'agissait de connaître l'opinion d'un groupe particulier de agriculteurs qui avaient déjà cultivé des OGM. Les chercheurs de l'Open University ont insisté sur ce dernier argument : leur étude ne prétendait pas donner le point de vue de tous les agriculteurs, mais d'un secteur particulier du monde agricole.