Le Jetropha est une source potentielle de biocarburants importante en Inde. Cette plante produit des graines qui peuvent être constituées à 37% d'une huile qui peut être brûlée directement, sans raffinage, ou raffinée pour servir de biocarburant.
Cette plante fait l'objet de progammes importants de développement en Inde où l'on espère qu'elle pourra être un moyen de cultiver des terrains peu fertiles et d'améliorer les revenus des fermiers. Actuellement, les programmes de développement prévoient de cultiver près de 11 millions d'hectares. Toutefois, en dépit de l'enthousiasme ambiant -que nous avons parfois relayé-, des voix commencent à s'élever pour dénoncer les dangers potentiels de ces cultures.
En premier lieu, les détracteurs du Jetropha indiquent que cette plante, dont on affiche constamment les rendements potentiels importants, croît comme toutes les autres beaucoup mieux dans les zones utilisées par l'agriculture classique. Sans aller jusqu'à dire que le modèle économique n'est pas viable en terme de rendements en dehors des zones agricoles classiques, certains craignent que rapidement les cultures de jetropha ne viennent en concurrence des cultures alimentaires. Par ailleurs, la plante est très consommatrice en main d'oeuvre et des rendements faibles pourraient pousser à la mécanisation et donc à terme à des destructions d'emplois ruraux. Non pas que la destruction d'emplois ruraux soit surprenante dans une société qui se modernise, mais le fait que le Jetropha apporte des ressources supplémentaires aux agriculteurs et l'un des arguments phare de ses promoteurs. Un argument qu'il convient donc de tempérer.
Deuxième point, la toxicité des graines est très importante. 4 graines de Jetropha suffisent pour tuer un homme, dans le cas de l'espèce cultivée en Inde. Cette toxicité est en soi un des avantages du Jetropha puisqu'elle signifie aussi que la plante possède des capacités insecticides et anti-fongicides, ce qui se traduit par des économies en pesticides pour l'agriculteur. Des cas d'empoisonnement sont répertoriés chaque année, principalement chez des enfants. La graine contiendrait aussi des substances cancérigènes.
Outre ces cas que l'on peut qualifier d'accidentels, le raffinage et la combustion de l'huile de Jetropha posent aussi des problèmes de toxicité. Les fumées de la combustion de Jetropha sont utilisées comme répulsifs pour les insectes et les villageois de la région de Chhattisgarh qui les dispersent évitent de les inhaler en se couvrant le visage. Cet élément ne prouve rien en soi, sinon qu'a priori l'expérience de l'usage de ces fumées conduit à éviter de les inhaler. L'absence d'études scientifiques à ce sujet est d'ailleurs un argument utilisé par les promoteurs du Jetropha comme par ses détracteurs pour défendre leur point de vue sur la toxicité.
Troisième argument, l'impact sur l'environnement de cette plante n'est pas établi. Cette plante est une plante invasive, qui a même le potentiel pour croître dans des zones semi-arides, mais les monocultures de Jetropha sont très rares en Inde. Cultivée de manière intensive, il est difficile de dire quels seront ses effets sur les sols, sur la flore et la faune environnante. Ses effets sur les aquifères sont aussi méconnus, ils pourraient apparaître dans le cas de cultures intensives placées à proximité de cours d'eau. On ignore ainsi les effets de la plante sur la faune et la flore de ces cours d'eau.
Ainsi, le peu d'informations qui sont disponibles sur le sujet est surprenant. Les décès accidentels sont bien réels mais pas de nature à empêcher le développement des cultures. Des campagnes d'informations pourraient être réalisées pour éviter que ces faits ne se reproduisent.
Mais, ce qui est le plus surprenant est l'ampleur des programmes déclenchés en l'absence de ces informations. L'Etat du Chhattisgarh s'est par exemple fixé pour objectif de parvenir à alimenter tous ses véhicules publics grâce au Jetropha en 2007 et d'être auto-suffisant en carburant d'ici 2015.