Les tigres du Bengale, contrairement à ce que leur nom indiquent, ne vivent pas seulement dans le Bengale. On en trouve aussi au Bhoutan, petit état montagneux situé au nord-est de l'Inde. Ce petit état contient plusieurs parcs nationaux, dont le Jigme Dorji National Park. Dans ce parc, on trouve deux types de grands prédateurs, le léopard des neiges et le tigre du Bengale.
Habituellement, les deux prédateurs chassent dans des domaines essentiellement délimités par leur altitude, le tigre du Bengale préférant les régions les plus basses. Cependant, les personnels de la Nature Conservation Division qui gère le parc national ont retrouvé des empreintes et ont photographié des tigres à des altitudes comprises entre 3700 et 4300 mètres, du jamais vu. Ces traces ont été retrouvées dans le cadre d'un programme de recherche qui suit tigres via des balises GPS et un réseau de caméras à infrarouges.
Plusieurs hypothèses sont mises en avant pour expliquer le phénomène. La plus évidente, mais peut être une des moins fiables est celle du réchauffement climatique. La seconde, plus aisément vérifiable, est celle de la pression exercée sur l'écosystème par les humains dans les régions les plus basses. Enfin, la dernière raison serait que tout simplement, ces migrations des tigres à ces altitudes ont toujours existé sans avoir jamais été observées auparavant.
Dans tous les cas, ces migrations de tigres posent de nouvelles questions aux spécialistes et aux personnels du parc, en premier lieu en ce qui concerne la cohabitation ou plutôt l'absence de cohabitation avec les léopards des neiges. En effet, les tigres du Bengale ne tolèrent généralement pas la présence d'autres prédateurs dans leurs zones de chasse. Certains craignent donc que les tigres du Bengale en migrant réduisent les zones de chasse et donc les populations de léopards. Cependant il est possible aussi que les léopards migrent de façon parallèle et que les deux prédateurs ne se rencontrent donc jamais.
Ensuite, l'étude a aussi en avant que tigres comme léopards suivent les migrations des bovidés présents dans la région, vaches et yaks. Plus de 400 attaques de tigres contre des troupeaux de bovidés, voire de mules, de moutons ou de chevaux ont ainsi été répertoriées entre 2003 et 2006 dans le parc.
Enfin, les personnels du parc s'attachent aujourd'hui surtout à observer les tigres de près, pour déterminer si ils développent de nouvelles caractéristiques physiologiques, telles qu'une fourrure plus importante ou une taille plus grande.