Des scientifiques de la Faculté de Sciences Exactes et Naturelles et de la Faculté de Pharmacie et Biochimie de l'Université de Buenos Aires (UBA) ont commencé à déchiffrer les mécanismes qui permettent d'effacer de la mémoire les souvenirs. Leurs découvertes viennent d'être publiées dans "The Journal of Neuroscience".
Dr Arturo Romano, du Laboratoire de Neurobiologie de la Mémoire, a déclaré qu'ils ont trouvé qu'une protéine, NF-kB, participe aussi bien dans le processus de consolidation, que dans celui de la reconsolidation de la mémoire. Cette protéine régule l'expression des gènes nécessaires pour emmagasiner la mémoire à long terme. Mais si l'on injecte dans le cerveau un inhibiteur de ce mécanisme après que le souvenir ait été évoqué, la rétention se trouve atteinte.
Actuellement, ce genre d'études prend de l'intérêt parce qu'elles ouvrent une opportunité qui permettrait d'intervenir dans la mémoire. Elles pourraient potentiellement être utilisées pour des cas de phobie ou sur des personnes qui souffrent de stress suite à un traumatisme", a ajouté Romano, aussi de l'institut IFIBYNE (UBA-Conicet), qui a été le premier à étudier cette situation, sur des crustacés et puis sur des rongeurs.
D'après les chercheurs, l'expérience a réussie sur des rats. Les animaux ont été entraînés pour apprendre à éviter une stimulation que leur provoque une aversion. En général, ces animaux ont tendance à rechercher des endroits obscurs. Dès qu'ils entraient dans un compartiment sans lumière, ils étaient soumis à la stimulation. Après 48 heures, ils étaient emmenés de nouveau à l'endroit où avait eu lieu l'expérience, mais cette fois-ci ils évitaient d'entrer dans le compartiment obscur. "Au moment où il était mis sur la plate-forme d'expérience, l'animal avait dans sa mémoire la situation antérieure et agissait en fonction de cette expérience antérieure", a précisé Boccia.
Des échantillons de la protéine en question ont été pris pour chaque cas. "On a trouvé que ce mécanisme s'activait aussi bien au moment de l'emmagasinage initial qu'au moment de l'évocation. Ce changement a été étudié sur l'hippocampe, une zone du cerveau qui traite les caractéristiques de l'endroit où a eu lieu l'incident", explique Romano. Au moment où l'on a injecté dans l'hippocampe un inhibiteur de cette protéine, on a constaté qu'elle interférait dans le souvenir de l'animal.
Même si cette recherche est fondamentale, il existe la possibilité d'appliquer ses résultats, à condition que les étapes suivantes de l'expérience puissent réussir, on pourrait avancer sur le traitement des personnes stressées suite à un traumatisme. Dans ce sens le docteur Baratti précise : "La mémoire n'est pas effacée du cerveau, mais elle ne s'exprime pas. Cela représenterait un pas énorme pour certains troubles produits par un souvenir pathologique et qui influent dans la vie quotidienne de la personne qui les a subis.