Le ministre allemand de l'Environnement, Sigmar Gabriel, a vivement critiqué la proposition de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) de lutter contre le réchauffement climatique en construisant notamment plus de 1.300 centrales nucléaires d'ici 2050.
"C'est un acte de folie en matière de politique énergétique", a affirmé le ministre social-démocrate. "On ne peut guère traiter ce thème de façon plus irresponsable", a-t-il critiqué, faisant valoir qu'"il n'y a plus autant d'uranium que ça" et que de toute façon, ce scénario était techniquement complètement irréaliste. Celui qui demande "une telle bêtise", ne devrait pas s'étonner "des fantaisies nucléaires en Iran et en Corée du Nord" et "ferait mieux de chercher un travail à Fantasy Island (île de la fantaisie) qu'à l'AIE", a-t-il ajouté. La décision allemande de sortie du nucléaire d'ici 2020, résolument défendue par le Ministère fédéral de l'environnement (BMU), fait l'objet de polémiques récurrentes dans le pays.
L'AIE, dont le siège est à Paris, a estimé dans un rapport publié à Tokyo vendredi qu'une "révolution technologique" était nécessaire pour diviser par deux les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050. Des émissions dont "l'augmentation s'est accélérée ces dernières années malgré la reconnaissance internationale du problème", commente Nobuo Tanaka, directeur de l'AIE. Pour y parvenir, l'AIE a plaidé notamment en faveur de la construction chaque année de 32 centrales nucléaires, 17.500 éoliennes et 215 millions de mètres carrés de panneaux photovoltaïques d'ici 2050 (les énergies renouvelables devraient assurer la moitié de l'approvisionnement énergétique). Le coût planétaire de cette révolution technologique : 40.000 milliards de dollars (29.000 milliards d'euros) d'ici 2050, soit l'équivalent de 1,1% du PIB mondial en plus de ce qui est déjà dépensé chaque année.
L'AIE a suggéré aussi que 35 centrales thermiques au charbon et 20 centrales au gaz soient équipées chaque année de technologies de capture et de stockage du CO2 émis.
Les députés allemands ont adopté le 6 juin 2008 un paquet législatif (4 lois) du programme gouvernemental de lutte contre le réchauffement climatique, programme qui doit permettre à l'Allemagne d'atteindre son objectif de réduction d'émissions de CO2 de 40% d'ici 2020.