Depuis les années 1960 et les premières extractions de carottes, les glaces du Groenland ont livré petit à petit leurs secrets sur le climat de ces 123.000 dernières années. L'étude des propriétés de formation de la glace et des composés et éléments chimiques qui s'y trouvent offre en effet aux paléoclimatologues une base d'informations considérable.
L'un des principaux messages enfouis dans les glaces du passé fut ainsi mis en évidence en 1985, lorsque les chercheurs découvrirent les événements de Dansgaard-Oeschger : des élévations abruptes de température, suivies de lents refroidissements, ayant eu lieu tous les 1500 ans au cours de la dernière période glaciaire. A la lumière du changement climatique que nous connaissons, comprendre les mécanismes de ces événements et leurs implications est devenu l'un des enjeux majeurs pour les climatologues d'aujourd'hui.
Mais le Groenland a encore bien des choses à avouer sur le climat de notre planète. La dernière époque interglaciaire appelée Eémien ou interglaciaire de Riss-Würm, qui a commencé il y a 131.000 ans pour s'achever par un brusque refroidissement il y a environ 114.000 ans, a en effet résisté jusqu'à présent aux diverses expéditions menées sur les glaces du Groenland. Les traces de glaces de cette époque étaient toujours présentes, mais altérées, incomplètes ou trop compressées.
Or l'étude du climat de l'Eémien est fondamentale pour la compréhension des phénomènes climatiques actuels. Il s'agit en effet de la dernière période ou l'on peut trouver des températures comparables aux nôtres et étudier leur évolution sans qu'aucune responsabilité humaine ne puisse être envisagée. En outre, il apparaît que la température du Groenland à cette époque était supérieure de 5° à la température actuelle, une situation climatique proche de celle vers laquelle nous semblons nous diriger.
Un projet international regroupant 14 pays (dont la France, représentée par les laboratoires LSCE/IPSL à Gif-sur-Yvette, LGGE/OSUG à Grenoble et GAME/CNRM à Toulouse) et piloté par l'équipe du professeur Dorthe Dahl Jensen de l'Université de Copenhague a été créé en vue d'obtenir des échantillons de glace recouvrant les 140.000 dernières années. Baptisé Neem (North Greenland Eemian ice drilling), le projet qui a débuté en 2007 devrait quitter le Nord-Ouest du Groenland en 2011.
Le site d'extraction a été déterminé par analyse radar de la glace et des roches de fond sur lesquelles elle repose. Le site devait à la fois offrir une couche de glace suffisamment épaisse, être situé sur des roches plates permettant une dépose optimale des couches annuelles et être soumis à des précipitations relativement peu élevées, des chutes de neige trop abondantes pouvant en effet "écraser" les couches les plus anciennes et les rendre ainsi illisibles. En outre, le site devait nécessairement se trouver sur la ligne de partage des glaces où l'on retrouve les couches les plus anciennes. Le site de carottage du projet NEEM avoisinera finalement une profondeur de 2542 m.
Le premier coup de moteur a eu lieu en 2007 avec l'acheminement des équipements sur le site du projet NEEM. L'année 2008 est principalement consacrée à la mise en place du camp et aux premiers forages. La plupart des carottages devraient avoir lieu pendant les étés 2009, 2010 et 2011.
L'espace dédié au projet sur le site de l'Université de Copenhague (en anglais) propose de suivre au quotidien l'avancée des recherches et la vie des équipes sur place.