La trypanosomiase africaine, couramment appelée maladie du sommeil, est une maladie parasitaire provoquée par un trypanosome. Elle est transmise par la piqûre de la mouche tsé-tsé et affecte les hommes et les animaux. Présente de façon endémique dans 36 pays d'Afrique sub-saharienne, la maladie du sommeil touche entre 50.000 et 100.000 personnes par an.
Les médicaments disponibles à l'heure actuelle entraînent de nombreux effets secondaires et s'avèrent inefficaces chez certains patients. Sans eux, la maladie cause cependant une détérioration mentale progressive aboutissant au coma et à la mort. Des équipes de chercheurs de l'Université d'Aarhus et de l'Université Libre de Bruxelles ont mis en évidence un mécanisme du système immunitaire qui pourrait servir de point de départ au développement de nouveaux traitements.
En 2006, le laboratoire d'Aarhus découvrait l'étonnante particularité d'une protéine appelée Hpr (haptoglobinrelated protein), liée à certaines particules graisseuses du système sanguin. Celle-ci est ainsi capable de capturer l'hémoglobine, protéine responsable du transport de l'oxygène dans le sang, et de la guider vers les particules graisseuses auxquelles elle est liée et qui renferment justement une toxine bien connue pour être fatale au trypanosome. Cette découverte donna naissance à une collaboration inattendue entre le laboratoire danois et l'équipe du professeur E. Pays de l'Université Libre de Bruxelles. Les résultats de cette étude, parus dans la revue Science, montrent comment notre système immunitaire a développé une stratégie astucieuse exploitant la dépendance des trypanosomes à l'hémoglobine.
Les parasites utilisent en effet un récepteur présent à leur surface pour capturer l'hémoglobine du sang des malades. Mais si celle-ci a elle-même été auparavant capturée par une protéine Hpr, les trypanosomes embarquent en même temps la particule graisseuse qui se comporte alors comme un cheval de Troyes en libérant la toxine dans le parasite. Ce mécanisme pourrait donc être à l'origine du développement de nouveaux traitements particulièrement efficaces contre les maladies causées par les sous-espèces de trypanosomes les plus résistantes.