Un mois après la publication des données de 2007 sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) en Espagne que nous évoquions dans le dernier numéro du BE [1], on peut trouver désormais dans la presse [2] les détails des chiffres de 2006 par Communautés Autonomes. Cette analyse par région a tout son sens de part la structure très décentralisée de l'Espagne, qui confère à chaque communauté un pouvoir certain, en matière de développement économique notamment.
Pour rappel, l'Espagne s'est engagée, en signant le protocole de Kyoto, à limiter les émissions de GES à +15% par rapport à celles de 1990, année de référence. Pourtant, en 2006, l'augmentation des émissions avait atteint +50,6% par rapport à 1990 (figure 1). Notons que si on regarde les chiffres par habitants, la forte augmentation de la population espagnole entre 1990 et 2006 (+16,1%, notamment par l'immigration) ramène l'augmentation des émissions de GES à +3,1%. Cependant, l'Espagne ne doit pas trouver ici une circonstance atténuante à ses mauvais résultats, puisque les évolutions économiques et démographiques étaient déjà prises en compte dans le calcul des engagements de chaque pays pour le protocole de Kyoto en 1997.
L'évolution dans chaque communauté est différente, et les plus fortes augmentations d'émissions de GES ne correspondent pas forcément aux régions les plus polluantes. Ainsi, alors que la région de La Rioja (au sud du Pays Basque) arrive en 2006 à +139% (augmentation la plus forte) d'émissions de GES par rapport à 1990, elle reste néanmoins une des régions qui polluent le moins avec 4,5 millions de tonnes équivalents CO2 émises en 2006 (contre 65,4 pour l'Andalousie). Cette donnée peut être relativisée par rapport au nombre d'habitants de La Rioja (figure 2), dans ce cas, elle est la 5ème communauté la plus polluante d'Espagne, avec 14,7 tonnes de CO2 émises par habitant.
Les deux villes autonomes Ceuta et Melilla (enclaves espagnoles en Afrique du Nord), bien que présentant une progression de leurs émissions de GES importante (54,2% et 71,6%), elles restent les régions les moins émettrices de GES, tant au niveau des émissions brutes 0,4 et 0,3 millions de tonnes équivalents CO2 que du taux d'émission par habitant, 5,8 et 5 tonnes de CO2 par habitant.
D'un autre côté, bien qu'elles réussissent à limiter la hausse des émissions de GES sous la moyenne nationale, les communautés les plus polluantes restent celles qui produisent de l'électricité (nombreuses usines à charbon) comme les Asturies (+11,8% soit 28,5 tonnes de CO2 par habitant), l'Aragon (+40,1% soit 17,7 tonnes de CO2 par habitant), la Castille et León (+22,7% soit 17,3 tonnes de CO2 par habitant) et la Galice (+20,6% soit 12,5 tonnes de CO2 par habitant).
La Catalogne, une des régions les plus riches, et l'Andalousie, communauté la plus peuplée d'Espagne et très agricole, sont les deux communautés les plus émettrices d'Espagne, avec respectivement 57 et 65,4 millions de tonnes équivalents CO2 émises en 2006 ; mais relativement à leurs nombres d'habitants, ces taux d'émission font partie des plus faibles d'Espagne.
D'autres régions, qui ont connu un boom économique et une forte augmentation de leur population, comme les Baléares, les Communautés de Valence et Murcie, ont connu également une forte augmentation de leurs émissions de GES : respectivement, +76,6%, 85,9% et 80,7%.
Alors que la Communauté de Madrid arrive à être la moins émettrice de GES par habitant (développement des transports en commun et absence d'usine de production d'électricité) avec 4,71 tonnes de CO2 par habitant, d'autres, comme les Canaries, subissent l'impact de l'augmentation du transport aérien des touristes (+95%).
Les chiffres du Pays Basque (+47,4%) et de la Navarre (+78,3%) sont quant à eux assez décevant lorsque l'on sait que ces deux régions sont des exemples en matière d'utilisation et de production d'énergies renouvelables (notamment éolienne). Le Pays-Basque, surtout, enregistre la 2ème plus forte augmentation d'émission de GES reportée à celle de sa population : +26,3%.
Si l'Etat espagnol met en place actuellement un certain nombre d'actions pour réduire les émissions de GES, comme l'annonce par le Ministre de l'Industrie d'un plan pour réduire la consommation de pétrole de 10% en deux ans, ou le remplacement obligatoire d'ici trois ans des ampoules à incandescence par des ampoules à basse consommation, projet approuvé le 25 Juin dernier par la Commission pour l'Environnement du Congrès espagnol, les Communautés Autonomes ont, elles aussi, un important rôle décisionnaire à ce sujet, et devront prendre des mesures adaptées à chacune d'elle.
- [1] Le Protocole de Kyoto : où en est l'Espagne ? BE Espagne 71, 26 Juin 2008 : http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/55106.htm - [2] El País, des 25 et 30 Juin 2008. - El País, du 9 Juillet 2008, - La Vanguardia, du 9 Juillet 2008.