En ligne avec la stratégie européenne de Lisbonne, l'Autriche souhaite renforcer le rôle de la recherche y compris fondamentale dans le système national d'innovation. Dans cette perspective, rapprocher, établir des passerelles entre le monde scientifique et les acteurs de l'économie est l'un des conditions que l'Etat s'est ingénié à satisfaire en dessinant des instruments de soutien tels que les centres de compétence ou les laboratoires Christian Doppler.
Faisant sienne cette pensée de Christian Doppler, "la recherche la plus gratifiante est celle qui fait les délices de l'esprit et qui dans le même temps bénéficie à l'humanité", l'Association Christian Doppler (CDG) réunit autour d'une même table universités et entreprises pour concevoir des laboratoires de recherche fondamentale orientée applications.
Dans la pratique, un laboratoire CDG rassemble de cinq à quinze chercheurs au sein d'une université ou d'un organisme de recherche. Il reçoit un financement de 100 à 500 mille euros par an pour une durée maximale de sept ans pris en charge à parts égales par les entreprises associées et l'Etat autrichien. La répartition des rôles est la suivante : l'université met à disposition le personnel scientifique et l'infrastructure et le laboratoire met en oeuvre un plan de travail défini avec les entreprises associées, en moyenne deux ou trois par laboratoire, et pour lequel les modalités du transfert de connaissance ont été préalablement évaluées. En 2007, on comptait autour de 55 laboratoires CDG dans les thématiques suivantes : ingénierie mécanique et de mesure, TIC, nanosciences, sciences de la vie, sciences de l'ingénieur, et enfin recherches exploratoires ; pour environ 90 entreprises et 16 universités membres de l'association.
La gouvernance de la CDG (secrétariat général, conseil scientifique...) est formée de représentants du secteur public (ministère de l'Economie et du travail, banque nationale et fondation nationale pour la recherche et le développement technologique), des entreprises et des universités. Son rôle est aussi de négocier les droits de propriété intellectuelle avec les universités et de sélectionner sur la base de recommandations internationales les nouveaux laboratoires. Une vingtaine de nouveaux laboratoires sont créés tous les ans et à terme, la CDG devrait compter une centaine de laboratoires. Le processus de sélection est d'environ trois mois ; la qualité scientifique, le bénéfice pour l'entreprise mais aussi pour la science, en terme de progrès scientifique, sont les critères clés qui président aux choix final. Après leur installation, les laboratoires sont soumis à des évaluations lors des deuxième et cinquième années.
A noter, les entreprises étrangères peuvent devenir membre de la CDG et partenaire d'un laboratoire CDG en Autriche. Inversement, des laboratoires ou " modules " d'un laboratoire peuvent être situés hors d'Autriche dès lors que les partenaires privés du laboratoire sont des entreprises autrichiennes. Il y a quatre laboratoires CDG en Allemagne et cinq modules en Asie.
L'étude menée en 2005 sur le dispositif CDG a confirmé sa qualité : "un instrument efficace et simple créant les conditions pour une collaboration de long terme entre scientifiques et entreprises" ; "une administration efficiente, des décisions justes, un fonctionnement non-bureaucratique et flexible". Cependant, l'évaluation a recommandé que la dimension internationale soit renforcée. En conséquence, Judith Bruner, secrétaire générale de l'association, a annoncé que "le financement, à 100% autrichien actuellement, pourrait être ouvert dans les prochains mois à des participations étrangères".