En janvier 2006, le Laboratoire d'Electronique et de Technologie de l'Information (LETI), dépendant du Commissariat à l'Energie atomique (CEA), les 16 centres du Réseau Microélectronique et de Microtechnique (micro-MUE) de la Fraunhofer Gesellschaft allemande et le Centre suisse d'Electronique et de Microtechnique (CSEM) ont signé un accord créant l'un des plus importants réseaux en micro et nanotechnologies au niveau mondial : la "Heterogeneous Technology Alliance" (HTA). Parallèlement, le réaménagement de la filière microtechnique dans l'ouest de la Suisse devrait renforcer les capacités de notre voisine dans ce domaine.
1. Premier bilan de l'alliance franco-germano-suisse pour les technologies hétérogènes
La finalité de la HTA est de mutualiser des moyens afin d'atteindre une taille critique au niveau mondial tout en se spécialisant sur les technologies hétérogènes.
1.1. Phase de démarrage
Dans le cadre du 6ème Programme-cadre de Recherche et Développement technologique de l'UE, la collaboration a porté ses fruits. 56 projets ont été validés pour les trois structures (dont 10 trinationaux et 17 entre le CEA et le CSEM), avec un taux de succès atteignant les 65%. Ils couvrent un large champ d'applications, parmi lesquelles la distribution ciblée de nano-médicaments, la gestion des risques de production, le développement de capteurs pour la détection d'émissions polluantes et la création de senseurs intelligents pour les appareils de communication mobile.
En revanche, le bilan est moins positif en ce qui concerne le premier appel à projets du 7ème PCRD : sur 26 projets présentés, le taux de succès a été inférieur à 10%. Cependant, deux projets industriels majeurs (pour un budget total d'environ 10 millions d'euros) ont été lancés : - "Captaucom", projet du Pôle de Compétitivité rhônalpin "Arve industries" (regroupant Seb-Tefal, SNR, SOMFY, le centre de compétence en conception de circuit intégrés - C4I -, le CSEM et le CEA-LETI), qui étudie le développement de capteurs autonomes et communicants ; - "Solar Island" : initialement développé au CSEM, ce projet d'île artificielle recouverte de panneaux solaires est désormais également soutenu par le Laboratoire d'Innovations pour les Technologies des Energies nouvelles et les Nanomateriaux (CEA-LITEN) ainsi que par le Gouvernement des Emirats Arabes Unis.
La partie suisse souhaitait créer à Neuchâtel une unité de production de composants hétérogènes ("Heterogeneous Technology Unit" - HTU), mais cela supposait d'importants financements supplémentaires. Le projet a également pris du retard du fait de la réorganisation du secteur des microtechniques en Suisse occidentale (cf. infra).
1.2. De nouvelles évolutions prometteuses
1.2.1. Extension de l'accord à la Finlande
Afin d'accroître son poids au niveau européen, la HTA a intégré le Technical Research Centre of Finland (VTT). Le centre finlandais dispose d'un budget de 217 millions d'euros, d'un effectif de 2800 personnes et de 1100 m2 de salle blanches. La HTA représentera donc désormais une masse financière de 586 millions d'euros, 5600 personnes et une superficie de salles blanches de 18900 m2 (ceci sans tenir compte de l'ensemble du pôle Minatec de Grenoble).
1.2.2. Création d'une Société anonyme pour l'interface avec les entreprises
Une Société anonyme est en cours de création. Cette entité de droit luxembourgeois sera chargée de valoriser les résultats de la recherche menée au sein de la HTA et de répondre aux besoins des entreprises (stratégie "push and pull").
1.2.3. Perspectives plus favorables pour HTU
Dans le cadre de la campagne fédérale de financement de la recherche pour la période 2008-2011, le CSEM avait sollicité 58 millions d'euros pour HTU. L'enveloppe finalement accordée par la Confédération suisse sera de 48 millions. La différence sera comblée par une participation des nouveaux cantons auxquels le CSEM étend ses activités (Genève, Nidwald). La construction de la nouvelle unité de production est prévue à l'horizon 2009-2010.
2. Evolution du paysage des microtechniques en Suisse occidentale
Le Secrétariat d'Etat à l'Education et a la Recherche (SER) et le Canton de Neuchâtel ont signé le 18 octobre 2007 une déclaration d'intention pour l'intégration de l'Institut de microtechnique (IMT), auparavant sous tutelle de l'université de Neuchâtel, au sein de l'Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL) à compter du 1er janvier 2009. Ce changement de tutelle s'effectuera sans transfert physique car les pouvoirs publics sont soucieux de maintenir une présence forte de la filière microtechnique au sein de l'Arc jurassien. Les cinq laboratoires de l'IMT concernés (regroupant quelque 130 collaborateurs) resteront donc implantés à Neuchâtel.
Par ailleurs, le COMLAB (laboratoire commun CSEM/IMT regroupant les salles blanches), déjà localisé au CSEM, y sera totalement intégré dès 2008. Cela permettra de renforcer le CSEM en matière de transfert de technologie vers l'industrie.
Le budget total de l'opération s'élève à 61,8 millions d'euros répartis sur 4 ans et se distribue comme suit : - Confédération : 13,8 millions (intégrés au budget 2008-2011 des Ecoles Polytechniques Fédérales) ; - Canton de Neuchâtel : 30 millions (qui serviront à la construction d'un bâtiment de microtechnique dans le périmètre du CSEM) ; - EPFL : 5,4 millions (dédiés à la reprise des infrastructures de l'IMT) ; - Canton de Neuchâtel : 6 millions (crédits d'investissement) ; - Conférence Universitaire Suisse (CUS) : 6,6 millions (pour la restructuration de la Faculté des Sciences de l'Université).
De plus, le Conseil d'état neuchâtelois souhaite mobiliser le secteur privé afin de créer un fonds de financement de projets. Il espère réunir 6 millions d'euros sur quatre ans. On notera également le renforcement des nanotechnologies dans le Canton de Fribourg, un nouvel Institut de nanosciences sera créé au sein de l'Université. Il est financé grâce au don de 61 millions d'euros, reçu fin novembre 2007, de l'industriel Adolphe Merkle, et portera son nom.
3. Conclusion
La création de l'Unité de Technologies hétérogènes à Neuchâtel devrait renforcer les capacités de l'alliance et faire croître le poids du partenaire suisse même si la taille de ses infrastructures restera plus réduite que celle de ses partenaires.
A moyen terme, le développement du CSEM à Neuchâtel et la dévolution de pouvoir à l'EPFL devraient renforcer les capacités de la Suisse occidentale et en particulier de l'arc jurassien en matière de microtechniques. L'EPFL envisage en effet de déménager plusieurs de ses laboratoires à Neuchâtel. La collaboration avec le CSEM devrait s'intensifier et permettre notamment aux deux institutions de coordonner leurs transferts de technologie et leurs prestations de services au secteur privé.
- Déclaration commune d'intention : http://redirectix.bulletins-electroniques.com/c01m4 - Communiqué de presse du Canton de Neuchâtel "Intégration du Comlab de l'UniNE au CSEM" - 10/01/2008 - "Le CSEM et ses partenaires étendent leur réseau au Nord" - L'AGEFI - 27/03/2008