La chercheuse portugaise Elsa Gomes a pu mettre en évidence que les remèdes utilisés par les guérisseurs africains sont efficaces dans des tests de laboratoires.
Plusieurs décennies se sont écoulées depuis le traitement de Elsa Gomes par une guérisseuse. Elle vivait en Angola avec ses parents dans le district de Huambo dans les années 40 quand un jour, elle tomba malade. Dans les environs, il n'y avait pas de pharmacie et encore moins de médecin. Les problèmes provoqués par des parasites intestinaux ne disparaissaient pas et les parents de la jeune Elsa ont alors décidé de faire appel à une guérisseuse de la région qui, à l'aide de thés traditionnels, guérit la jeune fille.
Elsa Gomes, âgée aujourd'hui de 63 ans, possède un doctorat en pharmacognosie et phytochimie de l'Institute for Medicine and Pharmaceutical Sciences (iMed) de l'université de Lisbonne où elle donne des cours depuis 20 ans sur les plantes médicinales. Au lieu de suivre la démarche habituelle des chercheurs, à savoir, tenter d'extraire un principe actif du remède utilisé pour l'introduire dans des médicaments en occident, Elsa Gomes a souhaité valider l'efficacité intrinsèque du "remède traditionnel", c'est-à-dire, "donner un crédit scientifique aux produits de la médecine traditionnelle afin qu'ils soient utilisés de façon plus sûre en Afrique".
Après avoir ramené plusieurs remèdes traditionnels de Guinée-Bissau, la chercheuse a pu vérifié des effets antifongiques, anti-parasitaires et antimalariques. De même, avec des méthodes modernes, son équipe a pu prouvé "que 90% des recettes des guérisseurs pour les maladies sexuellement transmissibles, comme la gonococcie, fonctionnent parfaitement". Les extraits étudiés ont un effet positif sur les souches résistantes à la pénicilline et à la tétracycline, les antibiotiques les plus accessibles en Afrique. Après avoir travaillé sur des remèdes traditionnels au Ghana, au Mali et au Nigeria, le prochain pays concerné sera le Mozambique.