The Brain Lipid Conference 2008, organisée conjointement par le Prof. Basant K. Puri du MRC & Imperial College de Londres au Royaume-Uni, le Prof. Helge Refsum et le Dr. Håvard Bentsen, parfaitement francophone, du Diakonhjemmet Hospital d'Oslo en Norvège, a réuni plus de 100 participants en provenance de 16 pays [annexe 1].
Cette conférence, qui a eu lieu à Oslo du 08 au 11 septembre 2008, et la trentaine de conférenciers qui y ont participé, ont permis de faire le point sur les études les plus récentes concernant le rôle des acides gras poly-insaturés (AGPI) : - Oméga-3 (n-3) : notamment l'acide alphalinolénique (ALA), précurseur de l'acide eicosapentaénoïque (EPA) et l'acide docosahexaénoïque (DHA) - Oméga-6 (n-6) : notamment l'acide linolénique (LA), précurseur de l'acide arachidonique (AA)
Objectif
L'objectif premier de cette conférence était l'échange d'idées et la création de réseaux scientifiques dans le domaine des lipides du cerveau. Deux thèmes principaux ont été abordés : - Les lipides et le stress oxydatif dans le système nerveux central - La prévention et le traitement des troubles mentaux avec les oméga-3 ou des antioxydants
Pour apporter des éléments de réponses aux questions essentielles que suscitent ces deux thèmes, il a été fait appel à des orateurs de disciplines diverses telles que les neurosciences fondamentales, les sciences de la nutrition, la pharmacologie, la radiologie, la psychiatrie clinique ou encore la neurologie. Des résultats diversifiés et de qualité, issus d'études épidémiologiques, d'observation chez l'homme et l'animal ou d'études plus fondamentales, ont été présentés.
Quelques points marquants
La nutritionniste Artemis P. Simopoulos, du Center for Genetics Nutrition and Health de Washington (Etats-Unis), a évoqué le concept de santé positive qui suggère l'existence d'un lien essentiel entre l'alimentation, l'exercice et la bonne santé chez l'homme. Elle a rappelé que les oméga-3 sont soit d'origine végétale (huiles de colza, de noix, graines de lin, légumes verts), soit d'origine animale (poissons et huiles de poissons gras : saumon, thon blanc, maquereau, etc...). Seuls les poissons gras sauvages sont riches en DHA et EPA. Les poissons d'élevage ont une composition en acides gras différente qui est le reflet de leur alimentation. Les végétaux n'apportent que l'ALA.
Les oméga-3 et les oméga-6 sont appelés acides gras essentiels car l'organisme ne peut les fabriquer lui-même. Il doit donc les puiser dans les aliments et dans certains compléments alimentaires. Le Prof. Olaf Adam, de l'Université de Munich et du Walther-Starub Institute (Allemagne), a insisté sur la relation étroite qui existe entre les deux voies de désaturation de ces deux familles d'AGPI et l'importance d'un équilibre du ratio oméga-6:oméga-3.
Les études sur des modèles animaux (rats) au niveau biologique, présentées ensuite par Melle Géraldine Mathieu de l'Institut National de Recherche Agronomique (INRA) de Jouy-en-Josas (France), invitée par le Service de Coopération et d'Action Culturelle de l'Ambassade de France en Norvège, démontrent les bienfaits des oméga-3 sur les réactions cellulaires, notamment au niveau du système nerveux central. En se penchant sur les mécanismes d'action des AGPI sur le fonctionnement cérébral et les conséquences qui y sont associées, elle a montré que les oméga-3 influent directement sur la production et la libération (phénomène d'exocytose) de neurotransmetteurs associés à l'équilibre émotionnel, comme la sérotonine, et aux émotions positives, comme la dopamine. Ceci suggère l'existence d'un lien entre la dépression et un taux trop bas d'acides gras oméga-3 dans l'organisme. Melle Mathieu a également observé qu'une déficience en oméga-3 empire avec les générations si celles-ci ont aussi un régime non équilibré. Plus la déficience est importante, plus leurs symptômes de dépression sont sévères.
Les études épidémiologiques de M. Pierre Astorg de l'INRA également, dans différents pays, montrent clairement que les populations qui consomment plus de poissons riches en oméga-3 à longue chaîne (DHA, EPA) sont en meilleure santé et souffrent moins de troubles de l'humeur, dépression, suicides.
Enfin, des études cliniques menées par le Prof. Nicole Pagès de l'Université Paris XI (France), dans lesquelles certains patients reçoivent un traitement à base de DHA + EPA et d'autres non, concluent à un effet direct des oméga-3 sur la réduction des symptômes et de la maladie dans le cas d'infarctus du myocarde, de dépression, d'épilepsie, de troubles du caractère avec humeur changeante et agressivité (maladie bi-polaire aussi appelée maniaco-dépressive) et de troubles de l'attention.
Des études anglaises, menées par le Dr. Alexandra Richardson, ont établi le rôle essentiel joué par les oméga-3 à longue chaîne dans la croissance et le développement cérébral du foetus et de l'enfant, ainsi que la vision, les fonctions neuronales (cognitives) et les messagers chimiques du cerveau. De même, une de ses études récentes a apporté des éléments biochimiques et cliniques suggérant qu'un déficit en AGPI pourrait contribuer à l'apparition de différents symptômes de troubles du comportement chez l'enfant et l'adolescent, tels que le déficit d'attention (ADD) et le déficit d'attention lié à l'hyperactivité (ADHD). Une supplémentation appropriée en acides gras oméga-3 permettrait d'améliorer leur comportement et leurs fonctions cognitives. Il a été observé notamment une réduction de l'agitation et de l'impulsivité, une réduction de l'anxiété et des difficultés sociales, ainsi qu'une amélioration de l'apprentissage.
Pour finir, une conférence en mémoire du Dr David F. Horrobin, décédé en 2003, a été donnée par le Dr. Stanley I. Rapoport, chef de la section métabolisme et physiologie du cerveau au National Institute on Aging (Bethesda, Etats-Unis), sur le métabolisme des AGPI dans le cerveau sain et le cerveau malade.
Conclusion
La science et la médecine occidentale ont découvert dans les vingt dernières années l'importance capitale des acides gras oméga-3 pour la santé. De nos jours, tout le monde en parle ! The Brain Lipid Conference 2008 s'inscrit donc dans une thématique d'intérêt majeur et d'actualité [annexe 2].
Si on sait maintenant que la nutrition joue un rôle sur le bon fonctionnement cérébral, cardio-vasculaire et visuel de l'enfant à l'homme âgé, on peut dire également qu'elle module notre comportement ainsi que notre capacité à développer des pathologies.
En permettant l'échange d'idées et la création de réseaux scientifiques dans le domaine des lipides du cerveau, cette conférence aura été sans aucun doute un outil utile et nécessaire dans la lutte contre des maladies devenues une préoccupation de santé publique.
The Brain Lipid Conference 2008 a reçu le soutien financier des institutions, organisations et entreprises suivantes : Diakonhjemmet Sykehus, Axellus, Lundbeck, Equazen, Greentech, Minami Nutrition, Pfizer, Tine, Amarin, Nestlé Nutrition institute, Smartfish, Igennus, Mylnefield, ISSFAL et l'Ambassade de France en Norvège.