Né de la science, le cinéma s'en nourrit, certes pour stimuler l'imaginaire des hommes et des femmes, mais aussi leur apprendre et leur faire comprendre... Dans ce contexte, pourquoi ne pas poursuivre ce dialogue fécond du cinéma et de la science en inventant un nouvel espace de rencontres et d'échanges entre cinéastes, scientifiques et citoyens. C'est la raison d'être de Cinémascience, qu'organisent le CNRS, la ville de Bordeaux et la Région Aquitaine. Ce festival international, dont la première édition sera présidée par le cinéaste Régis Wargnier, se déroulera du 18 au 26 octobre 2008 à Bordeaux. Cinéaste non moins célèbre, Jean-Jacques Beineix, parrain de Cinémascience, évoque cet évènement consistant à rapprocher le cinéma et la science, un rapprochement qui lui semble tellement évident. Propos recueillis par Jean-François Desessard.
BE France - Pourquoi avoir accepté d'être le parrain de la première édition de Cinémascience ?
Jean-Jacques Beineix - Je suis un artiste, certes, mais si j'ai accepté cet honneur qui m'est fait d'être le parrain de Cinémascience, ce n'est pas un hasard. Dans ma jeunesse, j'ai rêvé en effet d'être scientifique, voire proche de la science, un rêve qui aurait pu se réaliser puisque j'ai failli devenir médecin. Par conséquent, je suis très sensible à la science et à ses développements. Mais si j'ai accepté de parrainer cet évènement, c'est aussi parce qu'il me semblait tellement évident de vouloir rapprocher le cinéma de la science. C'est d'ailleurs peut être parce que ce rapprochement était trop évident que ce festival n'existait pas encore.
BE France - Comment le voyez-vous ce festival ?
Jean-Jacques Beineix - L'idée est de mettre en présence des éléments différents, ce qui va entraîner inévitablement une réaction. C'est un peu comme en chimie. Autrement dit, Cinémascience va permettre aux cinéastes et aux scientifiques de se rapprocher, de mieux se connaître, d'échanger, de dialoguer. Que va-t-il en sortir ? Nous verrons. Mais je crois que ce "mariage" entre ces deux communautés devrait être d'autant plus réussi et prolifique qu'il est né sous une bonne étoile, celle de l'imaginaire, et par conséquent de l'espoir.
BE France - Vous sentez-vous proche des scientifiques ?
Jean-Jacques Beineix - Jean Renoir disait : "le cinéma ne consiste pas à raconter des histoires de plus en plus fracassantes, mais à creuser de plus en plus dans la nature humaine". Qu'est-ce que le travail d'un scientifique, au quotidien, si ce n'est de progresser, pas à pas, dans la connaissance et la compréhension de l'Univers et de la Vie, tout comme le fait le cinéaste, à sa façon, un plan derrière l'autre, à transfigurer la comédie humaine. Par ailleurs, en tout chercheur sommeille un artiste et un rêveur, alors que chaque cinéaste rêve d'exactitude et de maîtrise. Alors oui, je me sens proche des scientifiques et c'est pourquoi je me réjouis d'être le parrain de cette étoile naissante qu'est Cinémascience, à l'image des jeunes étoiles dans l'Univers qui brillent déjà mais dont on ne perçoit pas encore le rayonnement.