Le cerveau maintient une activité de fond fluctuante même lorsqu'il n'est pas stimulé. C'est ce que nous apprend l'IRM fonctionnelle. Par exemple, chez un individu dont les yeux sont fermés, autrement qui ne reçoit aucun stimulus visuel, les aires visuelles de son cerveau présentent néanmoins une activité qui fluctue. Pour autant, lors de l'analyse des données recueillies par IRM, ces variations de l'activité dite spontanée sont considérées comme un bruit de fond, sans réelle importance. Aussi sont-elles ignorées.
Afin de déterminer si les fluctuations spontanées des zones spécialisées du cerveau ont un impact sur la perception, les chercheurs d'une équipe mixte CEA-I2BM/INSERM de NeuroSpin ont donc soumis 12 sujets à une IRM fonctionnelle. Il s'agissait de leur présenter, de manière brève, soit 150 ms, et répétée, à intervalle irrégulier d'au moins 20 s, un stimulus ambigu, celui-ci représentant en effet, soit deux visages, soit un vase. Il s'avère que dans la moitié des essais, les sujets ont perçu le vase, alors que l'autre moitié a perçu les visages. L'étude détaillée des résultats de l'IRM a conduit les chercheurs à constater dans les essais où les sujets avaient perçu des visages, un niveau d'activité spontanée d'une zone du cerveau très fortement impliquée dans la reconnaissance des visages appelées FFA (Fusiform Face Area) plus élevée que dans les essais où les sujets avaient perçu un vase.
Autrement dit, plus l'activité spontanée dans cette zone est élevée avant la présentation du stimulus, plus la probabilité de voir les visages plutôt que le vase est grande. D'où la possibilité de déduire de l'étude de l'activité spontanée d'un sujet de quelle manière celui-ci percevra le stimulus, et ce, bien avant sa présentation. Le cerveau n'est donc pas silencieux en l'absence de stimulation et ne réagit pas de façon réflexive aux stimuli extérieurs. Ainsi les fluctuations de l'activité spontanée correspondent à une dynamique intrinsèque et active du cerveau qui, de façon variable, ne s'arrête jamais de générer des hypothèses sur l'interprétation du monde extérieur, déterminant de la sorte son interaction constructive avec son environnement.
Autant de résultats qui remettent en question la vision "behavioriste" du cerveau. Rappelons que sur le plan théorique, cette école considère que la pensée fonctionne comme une sorte de mécanisme automatique qui enregistre passivement les données venues du milieu extérieur et y répond par la combinaison d'actions réflexes.
- CEA - Damien Larroque : email : damien.larroque@cea.fr - Hesselmann G, Kell C, Eger E, Kleinschmidt A (2008). Spontaneous local variations in ongoing neural activity bias perceptual decisions, PNAS, REF Proc.Natl.Acad.Sci. USA, 105, 10984-10989 : http://redirectix.bulletins-electroniques.com/s6M4e