Quatre chercheurs du Centre des sciences de Weihenstephan (WZW) de l'Université technique de Munich (TUM) ont mis au point un nouveau procédé permettant de mettre en évidence l'utilisation d'anabolisants au cours de l'engraissage de bovins. Il détecte indirectement l'emploi de telles substances en repérant leurs effets au niveau génétique.
En Europe, la commercialisation d'anabolisants et leur utilisation pour l'engraissement d'animaux de boucherie sont interdites. Malgré cela, ces substances restent faciles à se procurer et sont très attractives pour certains éleveurs, puisqu'elles permettent non seulement d'accélérer la croissance des jeunes animaux, mais aussi de développer leur masse musculaire, de sorte qu'ils produisent une viande maigre, particulièrement bien rémunérée. Le risque de fraude est donc élevé. Toutefois, le prix de cet abus est, finalement, payé par le consommateur : les résidus d'anabolisants présents dans la viande peuvent avoir de graves effets secondaires : tachycardie, spasmes musculaires, fièvre, vomissements...
En Europe, les contrôles de qualité de la viande sont, par conséquent, particulièrement sévères. Cependant, ils s'appuient jusqu'à présent sur des méthodes recherchant les substances une par une dans la viande. La nouvelle méthode développée par le Prof. Meyer et ses collègues propose une autre approche, qui lui permet une plus grande précision : elle repère les effets sur le génome de la prise d'anabolisants.
Les principaux anabolisants sont des hormones sexuelles, comme les oestrogènes ou la testostérone, dont les effets sont observables sur plusieurs organes chez l'Homme et les animaux : activité des ovaires, qualité du sperme, développement des muscles. Tous ces processus sont gouvernés par des gènes particuliers. Les chercheurs sont capables de mesurer l'activité de ces gènes. Si un gène est activé, alors la cellule contient des ARN messagers (ARNm) présentant la copie de l'information génétique. La quantité d'ARNm présente dans la cellule est détectée à l'aide de la méthode de PCR inverse et peut être utilisée, pour un gène donné, comme indicateur dans le cadre d'un test anti-doping.
Les chercheurs de Weihenstephan ont montré dans leur étude que cette méthode permettait la détection de modifications, même minimes, de la régulation des gènes et de prouver l'action d'anabolisants dans l'organisme animal. Ils développent maintenant leur procédé pour différents types de substances anabolisantes. Lorsque celui-ci sera prêt pour une utilisation courante, il constituera une arme puissante contre l'utilisation frauduleuse d'anabolisants en élevage. "Depuis 20 ans, il n'y a pas eu d'abus d'anabolisants en Allemagne", précise le Prof. Meyer. "La nouvelle méthode participe à ce que cela reste ainsi".