Avec l'accord signé entre Taipei et Pékin sur la mise en place de vols directs entre le continent et l'île le 4 juillet dernier et l'arrivée de touristes chinois - jusqu'à 3.000 par jour -, l'industrie du tourisme médical de l'île veut se positionner sur le marché. Quelques agences de voyages et tours opérateurs proposent déjà à destination des touristes chinois et étrangers des programmes incluant des séjours dans des hôpitaux privés.
Pour beaucoup, les soins médicaux taiwanais sont proches des standards des pays développés et ils ont un potentiel suffisant pour attirer les touristes chinois intéressés par des examens physiques ou des traitements médicaux durant leur séjour dans l'île. L'industrie du tourisme médicale taiwanais estime à 3 milliards de dollars taiwanais (63 millions d'euros) les revenus potentiels pour cette année et à 18 milliards (380 millions d'euros) en 2009.
Le tourisme médical est en expansion depuis quelques années, les patients étant attirés par des prix plus bas pour la même qualité de service que celle observée dans leur pays. Par exemple, 150.000 Américains ont effectué un traitement à l'étranger en 2006, et ils étaient près du double, 300.000, en 2007. Les principales destinations dépendent fortement de la langue parlée par le pays d'accueil. Ainsi un patient français souhaitant réaliser certains soins s'orientera préférentiellement vers les pays francophones comme la Tunisie et le Maroc, tandis qu'un anglophone se tournera davantage vers l'Afrique du Sud, l'Inde, Singapour ou encore la Thaïlande. Les principales demandes de soin concernent la chirurgie dentaire, la chirurgie cardiaque, l'orthopédie ou encore l'ophtalmologie.
Pour ce qui les concernent, les autorités taiwanaises visent dans un premier temps le marché chinois. En mai dernier, un groupe de représentants de douze des plus importants hôpitaux de l'île a été mis en place par le Conseil taiwanais pour le développement du commerce extérieur (TAITRA) afin d'inciter les touristes chinois à venir effectuer un traitement médical à Taiwan. Selon HUNG Tzu-Jen, Vice-directeur d'un département du Shin Kong Wu Ho Su Memorial Hospital, de plus en plus de ressortissants chinois souffrent de troubles liés au rapide développement économique et à l'urbanisation. Les ressources médicales chinoises ne pouvant fournir des soins pour tous, cela offre des opportunités aux hôpitaux et cliniques taiwanais.
2. Une effervescence taiwanaise... et chinoise
Deux hôpitaux taiwanais privés appartenant à deux importants conglomérats, Shin Kong et Cathay, promeuvent déjà le tourisme médical en coopération avec des compagnies aériennes chinois, respectivement Hainan Airlines et China Eastern Airlines. Ces accords proposent des offres "trois en un" incluant une assurance vie, les billets d'avion et les soins médicaux ; voire même un parcours touristique de l'île.
Les Taiwanais installés sur le continent sont aussi l'une des populations visées lorsqu'ils reviennent à Taiwan pour différentes occasions. Ainsi, lors des élections présidentielles de mars 2008, une centaine d'hommes d'affaires taiwanais se sont faits soigner à l'Hôpital municipal Wan Fang de Taipei, chacun dépensant en moyenne 40.000 dollars taiwanais. Cet hôpital a également développé récemment des offres regroupant "check-up" médicaux et séjour dans l'île avec des agences de voyages.
L'Hôpital Min-Sheng, situé près de l'aéroport international de Taoyuan, espère profiter de cette proximité. Quant à lui, l'Hôpital E-Da de Kaohsiung projette de construire à ses côtés un hôtel cinq étoiles pour attirer plus de touristes et jouer sur ces tarifs jusqu'à 30% inférieurs à ceux pratiqués à Taipei.
Le groupe chinois TIENS y voit lui aussi des opportunités importantes et souhaite coopérer avec un hôpital privé taiwanais, en visant particulièrement ses 3 millions d'employés du continent, chacun étant un consommateur potentiel. Le groupe devrait organiser des séjours à Taiwan combinant à la fois une formation professionnelle, des visites culturelles et des traitements médicaux pour ses employés. Un centre de formation continue devrait même être établi à Taiwan ; l'objectif étant également pour l'entreprise de développer ces marchés en Asie du sud-est, au Japon et en Corée du Sud avant de s'attaquer à l'Europe. Un accord a été signé en juillet 2006 à cet effet avec Chang Gung Biotechnology Corp., filiale de Formosa Plastics Group.
3. Un effort des autorités taiwanaises
Les autorités taiwanaises sont prêtes à aider au développement de l'industrie du tourisme médical dans l'île. Selon CHIANG Shih-Huang, Vice-directeur général du Bureau du commerce extérieur (BOFT), des missions de promotion devraient être organisées à l'étranger et une aide pour la formation linguistique du personnel médical taiwanais devrait être débloquée.
Dans le passé, le commerce extérieur a été essentiellement dépendant de l'industrie manufacturière. Le secteur des services représentant aujourd'hui 70% du PNB de l'île, il est temps pour Taiwan de pousser à l'exportation de ces services et les autorités taiwanaises pensent ainsi que le tourisme médical est un secteur clé qui doit être promu à l'étranger. L'ouverture de lignes aériennes directes avec le continent étant maintenant réalisée, le développement du tourisme médical à Taiwan ne fait que commencer.