Le futur Singapore-MIT Alliance Research and Technology (SMART) Centre fait régulièrement l'actualité singapourienne depuis l'annonce de sa création par la National Research Foundation (NRF) en janvier 2008. Il s'agit d'un centre de recherche conjoint entre les universités singapouriennes NUS (National University of Singapore) et NTU (Nanyang Technological University), et le prestigieux Massachussetts Institute of Technology (MIT), qui constitue le premier projet du campus CREATE (Campus for Research Excellence and Technological Entreprise) que la NRF envisage de construire.
Les communiqués de presse ne tarissent pas sur les bénéfices mutuels que tireront le MIT et les universités de Singapour de cette structure conjointe, mais peu font mention du fait que l'Alliance Singapour-MIT (SMA) existe en fait depuis une dizaine d'années. En effet, les trois universités sont impliquées depuis 1998 dans une collaboration originale tant au niveau de la formation que de la recherche, dans les domaines de l'ingénierie et des sciences de la vie. Le programme est fort novateur pour le volet éducation puisqu'il s'agit d'enseignement à distance à la pointe des technologies de l'information et de la communication. Les étudiants peuvent suivre les cours en direct via Internet grâce à des équipements de vidéo-conférence et simultanément consulter les supports de cours. Une plate-forme web met d'autre part à leur disposition tous les contenus utiles. Les classes rassemblent ainsi virtuellement des étudiants physiquement présents au MIT, à NUS et à NTU, qui perçoivent tous les mêmes documents, à la même résolution. Cinq programmes d'enseignement sont ainsi en place à SMA : matériaux avancés pour micro- et nano-systèmes, génie chimique et pharmaceutique, informatique et systèmes pour la biologie, génie informatique, et technologie et systèmes de production.
A chacun des cinq domaines de formation correspond un programme de recherche qui s'articule entre le MIT et Singapour autour de projets phares (Flagship Research Projects, FRP) et de projets inter-universitaires (Inter-University Projects, IUP). Il s'agit concrètement de collaborations entre laboratoires, soutenues par des échanges de chercheurs et d'étudiants. Cependant, SMA ne disposait pas jusqu'à présent de laboratoire propre. Vue de Singapour, l'alliance était fonctionnelle mais restait donc plutôt discrète.
Il était manifestement temps de faire émerger l'iceberg. Certes, le SMART Centre favorisera les interactions entre les chercheurs américains et singapouriens qui en composeront les équipes, mais qu'ajoutera-t-il réellement à la collaboration existante ? L'investissement de 550 millions de dollars singapouriens par la NRF pour la construction du centre semble surtout motivé par l'opportunité d'attirer le modèle de travail et les moyens américains, ainsi que d'augmenter significativement la visibilité des liens avec le MIT. De plus, cette installation s'inscrit étonnamment bien dans la stratégie définie par la NRF, en tant que premier élément du campus CREATE, futur pôle d'attraction de talents étrangers, et incidemment, centre de recherche dédié prioritairement aux sciences biomédicales, aux médias numériques et aux technologies de l'environnement et de l'eau - les trois domaines stratégiques de Singapour. Ainsi, lorsque les journaux locaux titrent "le MIT fait de Singapour sa deuxième maison" (The Straits Times, 24/01/08), il faut comprendre que la Cité-Etat s'est donné les moyens de pérenniser et de publiciser ses relations avec l'université américaine en lui offrant pignon sur rue.