Environ 10.000 singapouriens quittent le pays chaque année pour poursuivre leurs études à l'étranger. Bon nombre d'entre eux choisiront ensuite de s'y installer pour y travailler plutôt que de retourner à la Cité-Etat. Un millier d'entre eux va jusqu'à abandonner la nationalité singapourienne chaque année. D'après une étude financée par le gouvernement de Singapour, cette fuite des cerveaux inquiète de plus en plus la population, qui estime que l'attraction de talents étrangers ne peut pas combler le vide créé. Pour les deux tiers des personnes interrogées, le pays a besoin d'un noyau de talents locaux qui comprennent les spécificités de son système socio-politique et soient ainsi un moteur pour la nation.
Ce besoin est particulièrement ressenti dans le secteur de la R&D, jugé vital pour le développement économique de Singapour. Malgré une agence dédiée - la National Research Foundation - et l'attribution régulière d'importants financements et de bourses, ce secteur est toujours considéré comme manquant le plus de talents locaux, devant les arts, l'entreprenariat et la politique. La fonction publique arrive en dernière position, vraisemblablement parce-qu'il est bien connu que les bourses du secteur public reviennent toujours aux meilleurs étudiants.
Dans les faits, la majorité des doctorants singapouriens optent pour la souplesse des études aux Etats-Unis lorsque le choix leur est proposé, et paradoxalement les laboratoires de Singapour regorgent de chercheurs étrangers. La situation semble néanmoins satisfaire le gouvernement, dans la mesure ou le " gain de talents " est positif.