La pression de l'entourage social est bien connue pour être puissant, or, il semblerait que même la minuscule mouche drosophile serait affectée par son entourage social. Deux études menées par des chercheurs de l'université de Toronto et publiées le 11 septembre dans le journal "Current biology", révèlent que l'environnement social des mouches peut influencer leur comportement mais aussi leur physiologie, l'activité de leurs gènes et jusqu'à leurs habitudes de reproduction.
Dans l'une de ces études, le professeur Joel Levine, du département de biologie de l'université de Toronto et son équipe de recherche, ont découvert que certaines cellules spécialisées de la mouche appelée oenocytes, qui produisent les phéromones, fonctionnent selon une horloge circadienne interne. Le rythme de l'horloge varie selon le groupe social des mouches. Les chercheurs ont constaté que les mâles se trouvant dans des groupes hétérogènes, dans lesquels les mouches sont différentes génétiquement, produisent des signaux chimiques différents de ceux qui se trouvaient dans des groupes d'individus plus uniformes. De plus, l'étude a démontré que les mouches faisant partie d'un groupe hétérogène s'accouplaient beaucoup plus que celles évoluant dans des groupes homogènes.
La seconde étude, quant à elle, est consacrée à l'étude de la relation entre la nature des phéromones produites par les mouches et leur environnement physique et social. "La réponse d'un individu mâle à des individus semblables génétiquement dépend de son entourage,", explique le Professeur Levine, "cette réponse est très spécifique puisqu'elle affecte certaines composantes chimiques bien particulières utilisés pour communiquer."
Ces découvertes ont été possibles grâce à une nouvelle méthode de dissection mise au point par un étudiant post-doctorant de l'université de Toronto, Joshua Krupp. "Il a trouvé un moyen d'ouvrir la mouche et de séparer le muscle des oenocytes, ces dernières peuvent ainsi être isolées et analysées séparément", raconte le Professeur Levine. "La possibilité d'étudier les mouches sous cet angle très spécifique nous a aidé à mieux comprendre comment fonctionne le contrôle exercé par ces cellules sur les signaux chimiques émis par la mouche."