Selon les chiffres de la Caisse Nationale des Prêts et des Bourses ("Lånekasse for Utdanning"), le nombre total d'étudiants norvégiens a augmenté légèrement en 2007-2008, alors que le nombre d'étudiants norvégiens partis étudier à l'étranger a diminué pour la quatrième année consécutive, et ce dans la plupart des pays d'accueil, dont la France. Plusieurs causes sont avancées pour expliquer cette désaffection.
1- Le dispositif de Prêt de la Lånekassen
Tous les étudiants norvégiens sont éligibles à un prêt pour les études par le biais de la Caisse Nationale des Prêts et des Bourses, indépendamment du revenu des parents et que, chaque année, environ 90% des étudiants norvégiens demandent à en bénéficier. Le montant de ce prêt est de 85.000 couronnes norvégiennes (NOK) pour 10 mois (environ 10.600 euros). En cas de réussite aux examens, une partie du prêt (40%) est transformable en bourse non remboursable. Le reste du prêt peut être remboursé en cours d'études (sans intérêts) ou après la fin du cursus (taux d'intérêt : 5,7%).
Par ailleurs, l'étudiant peut obtenir un prêt spécifique pour payer les frais d'inscription pouvant aller jusqu'à un maximum de 164.440 NOK (20.500 euros) pour des études à l'étranger (une partie de ce prêt est aussi transformable en bourse selon un mécanisme assez complexe modulé selon le niveau du diplôme préparé). L'étudiant reçoit également une somme pour le voyage qui est variable selon la destination (70% bourse / 30% remboursable).
2- Les étudiants norvégiens à l'étranger en 2007-2008
Selon les chiffres de la Lånekassen, alors que le nombre total d'étudiants norvégiens a augmenté légèrement en 2007-2008 (après une décroissance en 2005-2006 et 2006-2007), le nombre d'étudiants norvégiens partis étudier à l'étranger a diminué pour la 4ème année consécutive (18.525 en 2007-2008 ; 21.932 en 2003-2004). 499 étudiants norvégiens ont étudié en France en 2007-2008 avec un prêt de la Lånekassen, soit une diminution de 10% par rapport à 2006-2007 (566). Cependant, en proportion relative, le nombre d'étudiants norvégiens qui va en France est relativement stable (2.7% du total des étudiants norvégiens à l'étranger en 2007-2008 contre 3% en 2006-2007 et 2,7% en 2005-2006).
2.1- Pour un cursus complet
Cette diminution est due à une chute du nombre des étudiants norvégiens partis étudier dans le cadre de la préparation d'un diplôme à l'étranger. En 2007-2008, il a été de 11.793, soit une baisse de 5% par rapport à 2006-2007 (12.375) et de plus de 20% par rapport à 2002-2003 (15.207). La France arrive en 10ème position comme pays d'accueil (249 étudiants), derrière la Grande-Bretagne (2.472), le Danemark (2.076), l'Australie (1.448), la Pologne (963), les Etats-Unis (867), la Suède (758), la Hongrie (680), les Pays-bas (353) et l'Allemagne (303). Hormis pour la Pologne où le nombre d'étudiants norvégiens continue à augmenter, il est en régression pour toutes les autres destinations, en particulier pour l'Australie (diminution de 17% par rapport à 2006-2007 et division par un facteur 3 depuis 2002-2003). Les cursus en médecine sont les plus demandés, suivi des sciences économiques, des études artistiques, des sciences sociales et des sciences. Ces chiffres confirment l'attractivité croissante de certains pays d'Europe de l'Est (Pologne, Hongrie), notamment pour les formations en médecine, qui sont dispensées hors numerus clausus et entièrement en anglais.
2.2- Pour une partie de cursus
Le nombre d'étudiants norvégiens qui ont bénéficié d'une aide de la Lånekassen pour des périodes d'étude à l'étranger d'un semestre (81% du total) ou d'un an (16% du total) dans le cadre d'un diplôme préparé en Norvège a augmenté en 2007-2008. Il a été de 6 732, soit une augmentation par rapport à 2006-2007 (6.564), sans toutefois revenir au record de 2005-2006 (7.017). Parmi ces étudiants, 20% environ sont partis dans le cadre du programme Erasmus et 6% dans le cadre du programme Nordplus.
Pour cette catégorie, la France arrive en 8ème position comme pays d'accueil (250 étudiants), derrière les Etats-Unis (791), l'Australie (524), le Royaume-Uni (492), la Tanzanie (310), la Chine (302), l'Espagne (301) et l'Allemagne (264). Il est à noter une diminution des départs dans le cadre du programme Erasmus (derniers chiffres disponibles : 1.257 en 2006-2007 contre 1.412 en 2005-2006). La France arrive en 2ème position comme pays d'accueil Erasmus pour les étudiants norvégiens (199), derrière le Royaume-Uni (205) et devant l'Allemagne (191) et l'Espagne (177). A noter que dans l'autre sens, le nombre d'étudiants européens venant en Norvège dans le cadre du programme Erasmus est en constante progression (2.575 en 2006-2007, 2.260 en 2005-2006). En 2006-2007, les étudiants allemands ont été de loin les plus nombreux (715) suivis des français (370), des espagnols (350) et des italiens (190).
3- Causes possibles de cette baisse
Un rapport de NIFU-STEP (Institut norvégien d'études pour l'innovation, la recherche et l'éducation / http://www.nifustep.no) avance plusieurs causes pour expliquer la diminution du nombre d'étudiants norvégiens préparant un diplôme à l'étranger : - des conditions du marché du travail en Norvège particulièrement favorables avec un recrutement à un stade précoce de la formation des étudiants. - la réforme du système de prêt de la Lånekassen depuis 2004 qui oblige les étudiants à rembourser la totalité du prêt en cas d'échec aux examens. - le coût des études à l'étranger qui a tendance à augmenter dans certains pays. - la qualité de certaines formations remises en cause (Australie, par exemple).
Dans les pays non anglophones : la barrière linguistique, des procédures d'inscription complexes, une attractivité insuffisante (demande de formations "clés en main"), ...
Malgré la baisse importante des départs pour des cursus complets à l'étranger, les pays anglophones (Royaume-Uni en tête) et les pays voisins (Danemark), restent de loin les plus attractifs pour les étudiants norvégiens. L'explication tient sans doute en grande partie à des considérations linguistiques ou de proximité. Néanmoins, certains pays d'Europe de l'Est ont conquis d'importantes parts de ce marché dans les dernières années grâce à la mise en place de formations spécifiques (sciences médicales, architecture), entièrement en anglais. A noter aussi l'augmentation des départs pour la Chine et certains pays en développement, avec lesquels la Norvège développe des coopérations (Tanzanie).
Outre les programmes spécifiques à Toulouse (Norginsa en Sciences de l'ingénieur, Action Norvège en Economie et Sciences sociales), les étudiants norvégiens qui choisissent la France pour une mobilité s'orientent vers des cursus dans les domaines du Français, des Lettres, de l'Economie, des Sciences Humaines et Sociales, des Sciences Politiques. Ils s'intéressent aussi aux études d'Art et de Design, de Commerce et de Gestion. La demande pour des études en sciences, encore marginale, devrait pouvoir se développer dans le cadre de cursus conjoints au niveau master que l'Ambassade de France en Norvège souhaite favoriser dans les domaines prioritaires de la coopération scientifique bilatérale.
Le développement récent de cursus spécifiques et de formations en anglais dans les établissements français reste encore méconnu. Le projet de tournée régionale CampusFrance de promotion de l'enseignement supérieur français dans les pays nordiques, envisagé en 2009, paraît donc tout à fait pertinente. Par ailleurs, le gouvernement norvégien va rendre public un livre blanc sur l'internationalisation avec des propositions qui devraient permettre de développer la mobilité.
Caisse Nationale des Prêts et des Bourses, 09/2008
Rédacteur :
Jean-Louis Duclos, Ambassade de France en Norvège - jlduclos@france.no (avec la contribution de Claude Ceselli, Centre Culturel et de Coopération Linguistique d'Oslo)
Origine :
BE Norvège numéro 82 (14/10/2008) - Ambassade de France en Norvège / ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/56244.htm