La conférence "Carbon Capture and Storage - From vision to market", organisée le 3 septembre 2008 par M. Terje Osmundsen, rédacteur en chef de l'hebdomadaire norvégien Mandag Morgen, a réuni plus de 70 personnes dont les principaux acteurs de la Capture et du Stockage de Carbone (CSC) en Scandinavie : Sargas, Aker Clear Carbon. Gassnova, StatoilHydro et Tel-Tek. Elle a permis de donner une vue d'ensemble des projets et stratégies dans le domaine de la CSC à travers le monde.
Ces dernières décennies ont vu naître une prise de conscience internationale en matière d'environnement. Ainsi, en vue de lutter contre le réchauffement climatique, les gouvernements envisagent plusieurs solutions pour maintenir le dioxyde de carbone émis dans l'atmosphère sous contrôle : - utiliser moins d'énergie (efficacité énergétique et conservation) - utiliser des énergies alternatives (énergies renouvelables principalement)
Toutefois, ces mesures sont insuffisantes à court terme. En effet, tout scénario réaliste doit envisager une augmentation de la consommation mondiale de charbon, de pétrole et de gaz à l'avenir, en particulier dans les nations émergentes et nouvellement industrialisées d'Asie [annexe 1].
La Capture et le Stockage de Carbone (CSC) apparaît alors comme l'une des solutions techniques les plus prometteuses. Ce sont en fait deux procédés qui permettent de séparer le dioxyde de carbone des gaz produits par les grandes centrales thermiques à l'arrêt et de comprimer le CO2 [annexe 2], pour ensuite le transporter dans un endroit où il peut être conservé dans des formations géologiques ou dans l'océan [annexe 3]. La science et la technologie derrière la CSC sont déjà connues, de nombreux projets pilotes sont d'ailleurs développés à différents stades dans le monde entier, mais de nouvelles évolutions notamment en ce qui concerne le stockage seront nécessaires avant que la CSC ne devienne une technique de réduction des émissions de CO2 à part entière.
M. Bruce Rising, responsable des Affaires Stratégiques dans le secteur Energie chez Siemens, a notamment présenté lors de cette conférence les techniques existantes de capture du CO2 et les projets de recherche en cours. M. Anders Nordeng, analyste de l'hebdomadaire norvégien Mandag Morgen, et Paal Frisvold, président de la Fondation Bellona Europe, ont présenté les principales barrières au déploiement de la capture et du stockage du CO2 et proposé une analyse des contraintes socio-économiques pesant sur l'introduction de cette technologie. En effet, bien que plusieurs secteurs industriels et entreprises soient intéressés par la technique du CSC, de nombreux obstacles devront être surmontés avant de pouvoir déployer cette technique à pleine échelle : - Coût : les coûts liés à la technologie CSC sont importants. Des efforts de R&D intensifs sont en cours pour réduire son coût énergétique et économique. - Intégrité du stockage sur le long terme, problèmes de fuites : l'une des principales questions est de savoir si le CO2 stocké peut être conservé sans fuite sur de longues périodes. Les projets de stockage actuels comme le projet Sleipner ne conservent du CO2 que depuis 1996 et ne peuvent donc pas prouver que ce type de stockage est sûr à long terme. Des programmes de recherche européens et internationaux permettent de développer et d'optimiser des outils de surveillance et de prévision du comportement du CO2. - Hostilité du grand public : le soutien du grand public à la technique de CSC sera déterminant. Actuellement, le grand public dispose de peu d'informations et se montre donc assez sceptique. - Sélection des sites de capture du CO2 : il faudra absolument choisir les sites avec précaution en menant des procédures de vérification optimales et en établissant des outils de contrôle. Les projets de recherche foisonnent en Australie, aux Etats-Unis, au Japon et en Europe. Ces études permettent d'identifier la capacité des territoires à capturer le CO2 et d'établir les coûts prévisionnels de la généralisation de cette technologie. D'importants développements sont attendus dans les grands pays émergents comme la Chine, l'Inde ou le Brésil.
M. Frisvold a insisté sur la nécessité de la CSC pour résoudre le défi climatique. Selon lui, l'engagement de la communauté internationale est un besoin vital. Il est indispensable de promouvoir la CSC au travers d'alliances et de partenariats industriels mondiaux. Il est également important que les gouvernements assurent une politique active de soutien de la CCS, tant localement qu'à l'échelle internationale.
M. Kai B. Lima, vice-président de StatoilHydro, a alors raconté l'expérience réussie de sa compagnie dans l'utilisation de la technologie CSC. Il a ensuite évoqué la prochaine "grande" étape : la construction du Test Center Mongstad (TCM), un nouveau centre européen de test sur le CO2, qui sera localisé au sein de l'usine de production de StatoilHydro à Mongstad, sur la côte ouest de la Norvège. Le TCM est le résultat d'un accord entre le Ministère Norvégien du Pétrole et de l'Energie et StatoilHydro, pour permettre la capture et le stockage du CO2 à pleine échelle. Les principaux objectifs de ce centre sont de tester, vérifier et démontrer des nouvelles technologies de capture du CO2 à l'échelle mondiale. Réduire les risques financiers, techniques et environnementaux pour des applications futures à pleine échelle de ces nouvelles technologies testées, est un autre domaine critique.
Enfin, M. Hans Aksel Haugen, chef de département de la Fondation de recherche Tel-Tek, a présenté leurs services de résolution de problèmes et le développement à long terme basés sur la recherche pour leurs clients. Il a ajouté que le but de Tel-Tek est d'être un institut de recherche reconnu internationalement, tout en ayant une incidence à l'échelle nationale et une action d'agent catalyseur pour l'industrie. Il a ensuite illustrer la coopération de l'industrie scandinave avec l'exemple des infrastructures pour le transport et le stockage du CO2 dans le Skagerrak, un détroit entre le sud de la Norvège, le Bohuslän suédois et le nord-ouest du Jutland danois.
Tous les intervenants se sont accordés à dire que le potentiel de marché de la CSC est énorme et qu'il y a là un véritable challenge commercial.
ANNEXE 1
Pays qui émettent environ 2/3 des émissions mondiales totales : - Italie - Corée du Sud - Royaume-Uni - Canada - Etats-Unis - Allemagne - Inde - Japon - Russie - Chine
ANNEXE 2
Principaux sites de Capture du CO2 : - Mongstad (Hordaland, Norvège) - Kårstø (Tysvaer, Norvège) - Grenland (Telemark, Norvège)
ANNEXE 3
Sites "majeurs" de Stockage du CO2 : - Sleipner (Mer du Nord, Norvège) depuis 1996 - Utsira (Mer du Nord, Norvège) depuis 1996 - Weyburn (Canada) depuis 2000 - Snøhvit (Mer de Barents, Norvège) depuis 2008