Dans son livre "L'università truccata" - L'université des combines - Roberto Perotti dresse de façon investigatrice une analyse rigoureuse d'une institution complexe, l'université, mais aussi des propositions concrètes pour la réformer.
Un premier constat concerne l'université publique en Italie : elle se trouve dans un état désastreux, en dessous même de ce qui est dit communément, portant au sommet les plus riches et non l'excellence. L'auteur dénonce le manque de méritocratie qui a laissé place aux pratiques népotistes, suivies de recours au tribunal, blocages d'embauches, annulations de concours...
La première thèse défendue dans l'ouvrage démontre l'erreur d'une réforme des universités basée sur le principe "plus d'argent et plus de règles pour mieux faire". Les ministres qui se sont succédés ont tous envisagé des réformes qui ont été contournées parce que l'objectif final n'était pas la méritocratie. La "bonne" recherche ou le "bon" enseignement ne se mettent pas en place avec des règles mais avec une concurrence entre université et une récompense des meilleurs.
Le second point défend l'idée que le manque d'argent n'est pas le problème réel. L'auteur démontre en effet que les universités britanniques, les meilleurs d'Europe, reçoivent un financement équivalent à celles italiennes, quant à elles, au bas de la liste. Ceci s'explique par le fait que, pour suivre les règles, l'argent est mal dépensé en Italie. Il existe par exemple des chercheurs qui publient et enseignent et sont très peu payés alors que des chercheurs plus âgés qui ne publient pas depuis des années reçoivent des salaires comparables à ceux dispensés par les universités américaines ou britanniques.
Les propositions pour une réforme s'en suivent d'une façon logique : favoriser la concurrence entre les universités, déplacer le financement du contribuable à l'utilisateur afin que ce dernier exige un service adéquate, favoriser la formation de centres d'excellence, qui par définition ne peuvent être des dizaines, mais pouvant tout au plus se compter sur les doigts des deux mains, des bourses d'études basées sur le mérite et les revenus.
Une omission de l'auteur pourrait être : comment survivre dans le système actuel, où tous les départements d'universités ne fonctionnent pas avec des combines ainsi que pourrait le laisser penser le titre de l'ouvrage. Présenter un cas à l'opposé de celui de Bari aurait certainement été utile, ne serait-ce que pour suggérer de façon plus concrète comment opérer la transition du vieux d'aujourd'hui au nouveau de demain. Et c'est probablement le moment pour la réaliser puisque l'opinion publique commence à se rendre compte de la gravité de la situation du système universitaire italien.