L'astrophysicien Kristian Pedersen du Niels Bohr Institute (Université de Copenhague) a achevé fin août 2008 une mission d'observation sur les sommets de la calotte glaciaire du Groenland. Sa profession l'avait jusqu'à présent conduit à voyager vers des destinations au climat nettement plus clément comme le Chili ou les Canaries, où sont situés les principaux grands télescopes européens.
Mais les astrophysiciens du monde entier devront peut-être bientôt se faire au froid polaire car le Groenland semble être une terre d'accueil idéale pour un nouveau télescope. "Le climat au sommet de la calotte glaciaire est très stable, l'air y est très sec et il y fait une nuit absolue durant six mois de l'année", explique Kristian Pedersen. "C'est probablement l'un des endroits sur Terre susceptible d'offrir les images les plus précises de l'univers."
L'idée d'installer un télescope dans cette province autonome du Danemark n'est pas récente. Mais aucune mission n'avait jusqu'à présent été menée pour mesurer le véritable intérêt du projet. Celle-ci a enfin pu être réalisée grâce à un financement de l'IDA (" Instrument Center for Danish Astrophysics ").
Michael I. Andersen et Anton Norup Sørensen, spécialistes d'optique astronomique au Niels Bohr Institute ont conçu et réalisé un petit télescope spécialement pour la mission. Ainsi équipés et munis de vestes et bottes polaires gracieusement prêtées par leurs collègues glaciologues, ils se sont envolés le 20 juillet dernier pour la base de recherche américaine de Summit qui repose au-dessus de plus de 3 km de glace.
La base est équipée d'une tour de 50 mètres de haut installée et utilisée par des climatologues suisses. En raison des fortes turbulences climatiques à la surface de la calotte glaciaire, c'est 40 mètres au-dessus du sol que l'équipe a installé son télescope de 20cm de diamètre. L'objectif étant uniquement de mesurer la précision des images que l'emplacement permet d'obtenir, il pointe fixement en direction de l'étoile polaire et n'a pas vocation à servir à d'autres observations.
La température sur la base de Summit peut atteindre 60 degrés en-dessous de zéro au coeur de l'hiver. Ce froid extrême est l'un des éléments qui rend le coeur du Groenland si attractif pour les astrophysiciens, car il en résulte un niveau d'émissions infrarouges très faible. Un télescope de quelques mètres de diamètre pourrait dans ces conditions permettre d'observer via leurs propres émissions infrarouges les galaxies les plus éloignées et les plus anciennes de l'univers. L'équipe attend à présent de pouvoir étudier les images de l'étoile polaire que le petit télescope fournira 24h/24 l'hiver prochain et dont ils sont convaincus qu'elles confirmeront le grand intérêt du projet.
Le futur télescope groenlandais serait complémentaire du télescope spatial James Webb, le remplaçant d'Hubble dont le lancement est prévu en 2013. Celui-ci offrira en effet une sensibilité exceptionnelle mais avec un champ de vision réduit, permettant ainsi une étude très détaillée d'un petit nombre d'objets stellaires. Le "télescope des glaces" serait utilisé par les astrophysiciens pour scruter une section beaucoup plus large du ciel et y découvrir de nouveaux corps qui seraient par la suite étudiés plus en détail par le télescope spatial.