Sortir de la réconfortante chaleur de l'utérus maternel et atterrir sur le sol froid d'une maternité porcine moderne n'est pas une partie de plaisir pour les porcelets. C'est même une véritable épreuve de survie pour ces petits dont la régulation de la température corporelle n'est pas le fort au cours des premières semaines de leur vie. Ainsi, 23% des bébés cochons meurent avant le sevrage. Des scientifiques de la Faculté de Sciences Agricoles de l'Université d'Aarhus ont décidé de se pencher sur le problème, en collaboration avec la société Skov A/S et l'organisation danoise de production porcine. Ils espèrent diminuer fortement la mortalité infantile des cochons en développant des "maternités porcines intelligentes".
Le principe fondateur de ces maternités réside dans un contrôle climatique précis des enclos individuels où les truies mettent bas. Les porcelets ont en effet un important besoin de chaleur au cours de leurs premiers jours de vie. "Un certain nombre de porcelets meurent en raison d'un manque d'oxygène à la naissance", explique ainsi Lene Juul Pedersen, responsable du projet au Service de santé, nutrition et bien-être animal de la Faculté des Sciences Agricoles. "D'autres naissent faibles et subissent un refroidissement rapide. De tels petits cochons sont en grand danger de mort. Un porcelet par portée pourrait en moyenne être sauvé par un meilleur contrôle des températures. Ceci représente un enjeu économique important pour les producteurs."
Dans les maternités porcines actuelles, la température est régulée pour l'ensemble du bâtiment. En exploitant des connaissances comportementales, il est possible de prévoir avec une certaine précision le moment de la mise-bas et donc d'adapter automatiquement la température de chaque enclos. La truie est en effet très active dans les 24 heures qui précèdent l'accouchement. Elle se lève et se recouche fréquemment et consacre une grande partie de son temps à la confection du nid qui accueillera ses petits le lendemain.
Les maternités porcines intelligentes seraient capables de détecter un tel comportement, d'alerter l'exploitant et de réchauffer l'enclos de la truie concernée. Non content de sauver les vies de nombreux porcelets, ce système permettrait une économie énergétique non négligeable pour ces exploitations où la température doit d'habitude être maintenue en permanence aux alentours de 20 degrés.
Le projet englobe également le développement de capteurs mesurant l'emplacement occupé dans l'enclos par la truie et ses petits et fournissant des indications sur leur état général. Ceci permettrait aux exploitants de disposer d'informations importantes sur le bien-être de leur cheptel et de traiter précocement les problèmes détectés.
L'équipe n'a pas encore déterminé la solution la plus simple pour récupérer toutes les données permettant le contrôle intelligent des maternités porcines. Trois pistes sont actuellement à l'étude : équiper les enclos de caméras de vidéo surveillance, implanter des puces dans les oreilles des truies ou truffer les enclos de capteurs sensoriels. Le projet qui devrait s'étendre sur quatre ans a reçu un financement de 8,3 millions de Couronnes (1,1 million d'euros) du Fonds Danois pour les Hautes Technologies.
Lene Juul Pedersen, Department of Animal Health, Welfare and Nutrition - Faculty of Agricultural Sciences, University of Aarhus - tél : +45 8999 1364 - email : lene.juulpedersen@agrsci.dk